Fibromyalgie
- Anglais : idiopathic diffuse polyalgia syndrome.
- Terme issu du Grec : mus : muscle, et algos : douleur.
Définition
La fibromyalgie qui touche environ 2 à 2,5 pour 100 de la population mondiale (ce qui fait un million et demi de français concernés) est une maladie, on dit un syndrome (ensemble des symptômes), se caractérisant par l'association de douleurs chroniques qui diffusent dans l'ensemble de l'organisme, mobiles et dont le profil est variable selon les individus mais qui prédominent essentiellement dans l'axe du corps. Ces douleurs sont également présentes au niveau des racines des membres (on parle de douleurs rhizoméliques) et concernent avant tout les insertions des tendons des muscles sur les os. Une autre caractéristique importante à retenir est l'absence d'un syndrome inflammatoire biologique. Ceci signifie qu'aucun examens biologiques, aucune analyse de sang ne montrent d'inflammation à quelque niveau que ce soit de l'organisme. D'autre part, toujours en ce qui concerne les examens de laboratoire, aucunes analyses que celles-ci soient faites dans le sang, dans les urines, dans le liquide céphalo-rachidien ou ailleurs dans l'organisme, ne montrent quoi que ce soit d'anormal. Les principaux symptômes dont se plaignent les individus atteints de fibromyalgie, en dehors de la douleur, sont un sommeil perturbé, des paresthésies des membres supérieurs (fourmillements), des perturbations psychiques importantes à type de dépression essentiellement, des douleur à la pression (légère) de certaines zones précises du corps (point de Janus), une impression de crispation des mains et une fatigue générale intense, entre autres . L'ensemble de ces symptômes sont développés plus loin.
Le terme algie désigne une douleur d'un organe ou d'une région de l'organisme mais qui ne correspond pas à une lésion anatomique visible ou s'expliquant objectivement.
Cette pathologie essentiellement féminine (environ 80 % des cas), de survenue tardive (après 50 ans) mais dont il existe des cas avant 35 ans, amène à consulter de plus en plus fréquemment dans certains cabinets médicaux spécialisés (médecine générale, rhumatologie, ostéopathie, neurologie). Les individus atteints de fibromyalgie sont moins nombreux à partir de 70 ans. Cette affection consiste en des douleurs musculaires associées à des troubles du sommeil, une fatigue et un ralentissement des activités quotidiennes professionnelles ou autres.
De façon générale, le patient atteint de fibromyalgie ressent un malaise se caractérisant par une douleur généralisée associée à une importante fatigue, plus précisément un surcroît de fatigue. D'autre part, certaines zones de son corps sont plus sensibles au toucher que d'autres ce qui l'empêche d'accomplir les tâches inhérentes au quotidien, aggravant du même coup son état psychologique. Les répercussions immédiates de la fibromyalgie semblent être avant tout l'incapacité pour le patient de récupérer la nuit, aggravant de ce fait le processus asthénique (de la fatigue). Des enquête médicales effectuées en 2003-2004 tendent à prouver le lien entre la fibromyalgie et un sommeil insuffisamment récupérateur.
La fibromyalgie est au centre d'une polémique actuellement, tout du moins en France, concernant globalement les patients et de plus en plus le corps médical. En effet, de plus en plus les patients présentant ce type de syndrome se sentent délaissés par le corps médical qui donne l'impression de ne pas s'intéresser à eux. Le patient, dans un premier temps, ne sait à quel type de spécialiste il doit s'adresser. Est-ce un rhumatologue (spécialiste des maladies concernant les articulations), un neurologue (spécialiste concernant le système nerveux), un gériatrie (spécialiste des patients âgés), un psychologue (spécialiste des maladies psychologiques), un psychiatre (spécialiste des maladies neuro- psychologiques), ou tout simplement un généraliste. La deuxième problématique est la formation (insuffisante pour ne pas dire inexistante) du corps médical concernant cette affection inclassable (pour l'instant). Chaque spécialiste semble se renvoyer la balle, pour ne pas dire le patient qui lui, bien entendu, se sent abandonné (ce qui n'arrange pas son état de santé). La troisième problématique concernant la fibromyalgie est l'absence de résultats objectifs, vue du côté médical, en ce qui concerne les analyses biologiques. Ce qui semble faire de cette affection une maladie quasi imaginaire de la part du patient, du moins c'est l'impression qu'ont les médecins qui sont amenés à être consultés par des personnes cataloguées fibromyalgique.
Longtemps, la fibromyalgie a été considérée comme une affection proche, ou en tout cas ayant des points communs avec le syndrome de la fatigue chronique. Cette affection reconnue par l'OMS depuis 1992 et qui figure dans la liste de ICO-10 rhumatisme non spécifié, est quelquefois confondue avec d'autres affections concernant, de façon globale, le muscle et le squelette.
La fibromyalgie appelée aussi fibrosite, polyenthésopathie, syndrome polyalgique est une maladie qui est généralement controversée et passe pour une pathologie psychosomatique. C'est la raison pour laquelle elle a et elle est encore longtemps négligée par le corps médical. Il faut néanmoins savoir qu'elle fait l'objet de recherches de plus en plus poussées de façon à essayer de trouver sa cause et sa physiopathologie (mécanisme de survenue d'une maladie). Enfin sa définition ne cesse de changer et d'évoluer.
Cette affection qui touche essentiellement la femme concerne rarement les individus avant 35 ans.
Hench propose en 1976 le terme de fibromyalgie.
Le terme polyalgie (du grec polus : nombreux et algos : douleurs) désigne la présence de douleurs de sièges multiples (survenant à de nombreux endroits). En dehors de la fibromyalgie, au moment de la ménopause, certaines femmes se plaignent régulièrement de douleurs articulaires et pararticulaires (survenant à proximité des articulations).
Le terme arthromyalgie (du grec arthron : articulation, algos : douleur et muscle, en anglais arthromyalgia) désigne les douleurs articulaires et musculaires.
De nombreuses pistes sont explorées pour essayer de comprendre le mécanisme de survenue de la fibromyalgie. Nous allons en exposer quelques-unes.
Au cours de cette affection, contrairement à ce que les médecins pensaient il y a encore quelques années, la fibromyalgie semble être le résultat d'une atteinte des muscles et non pas des articulations ou d'autres structures de l'organisme (tendon, ligaments, capsule articulaire, synoviale). En effet, les équipes médicales spécialisées ont remarqué que les patients, présentant une fibromyalgie, avaient une perturbation de leur sommeil et plus précisément de la phase numéro 4 du sommeil. Cette phase est une face de relaxation au cours de laquelle normalement, les muscles doivent se détendre. Cette insuffisance voire absence de relaxation semble participer au processus fibromyalgique au cours duquel les muscles ne se détendent pas ou insuffisamment, aggravant le tableau symptomatique (les symptômes que présente le patient et plus particulièrement les douleurs) .C'est sans doute la raison pour laquelle l'utilisation de certains antidépresseurs et plus particulièrement ceux intervenant sur la normalisation du rythme du sommeil sont quelquefois efficaces.
Selon Moldofsky, les individus souffrant de fibromyalgie présentent un sommeil fragmenté autrement dit un sommeil perturbé part de nombreux petit réveille que les spécialistes en hypnologie appellent des micro-éveils. Pour ce spécialiste canadien en psychiatrie les douleurs survenant au cours de la fibromyalgie sont le résultat de cette perturbation du sommeil et non pas le contraire. Autrement dit ce n'est pas le sommeil, toujours d'après lui, qui entraînerait l'apparition des douleurs que l'on constate au cours de la fibromyalgie. Il est possible d'avancer, sans trop s emouiller, qu'il existe une corrélation étroite entre les capacités de régulation de la douleur (qui sont faites au niveau de l'hypothalamus) et leur survenue au cours de cette affection, suite à un sommeil réparateur. Une expérimentation intéressante a été faite à ce sujet. On a réussi, chez des individus normaux, à faire apparaître des symptômes de la fibromyalgie en perturbant leur sommeil en les réveillant plusieurs fois dans la nuit. Au contraire, toujours expérimentalement, on a réussi à réduire les symptômes des individus fibromyalgie que en induisant chez eux un sommeil artificiel profond. Chez ce patient on a remarqué d'autre part que leurs douleurs diminuaient d'intensité.
Probablement pas d'origine génétique, mal connue, la fibromyalgie semble s'expliquer par le fonctionnement inadapté des neurotransmetteurs (neuromédiateur permettant le passage de l'influx nerveux entre les neurones et des neurones, aux muscles).Les examens de laboratoire pratiqués sur certaines patientes ont montré une diminution de la sécrétion de somathormone et une perturbation de la glycolyse (utilisation du sucre par l'organisme et plus particulièrement les muscles). La somathormone (appelée également hormone somatotrope, somatotrophine, GH, hormone de croissance) est sécrétée par le lobe antérieur de l'hypophyse (glande située au centre du cerveau au-dessous de l'hypothalamus) et permet de stimuler la croissance. La somathormone règle également l'état et l'équilibre nutritionnel de l'individu et est anabolisante (reconstruction des tissus de l'organisme) agissant sur les protéines, le calcium, les glucides et les lipides. Son action se fait parallèlement à celle de la somatomédine.La somatomédine est une hormone dont la composition est proche d'une autre hormone à l'origine de l'insuline : la pro-insuline. La somatomédine, sécrétée par le foie et les reins est transportée dans le sang en liaison avec des protéines. C'est en fait le principal médiateur de l'hormone de croissance sous l'influence de l'hypophyse. C'est la raison pour laquelle on parle de médiateur hormonal plutôt que d'hormone proprement dite. Elle permet la fabrication des protéines, du tissu osseux, du collagène (protéine de base entrant dans la constitution de la majeure partie du tissu) et de stimuler la synthèse de l'acide désoxyribonucléique (ADN). En effet, l'hormone de croissance a une sécrétion très fluctuante et la sécrétion de somatomédine (et plus particulièrement de somatomédine C) est plus constante. On constate quelquefois un déficit de sécrétion en somatomédine consécutif à celui de l'hormone de croissance. La régulation de l'hormone somatotrope se fait par l'intermédiaire d'autres hormones d'origine nerveuse (neuro-hormone) provenant de l'hypothalamus qui la stimulent (GH-RH), la freinent ou l'inhibent (somatostatine). Le taux normal de l'hormone somatotrope est, chez l'adulte, inférieure à 5 microgrammes par litre. Ce dosage s'effectue par le test d'Evans.
Une anomalie du contrôle central de la douleur pourrait expliquer la fibromyalgie. Certains neuromédiateurs tels que la sérotonine sont accusés d'être des médiateurs de la fibromyalgie. Pour comprendre il nécessaire de savoir ce qu'est un neuromédiateur. Il s'agit d'une substance chimique (appelée également neurotransmetteur), fabriquée par l’organisme et permettant aux cellules nerveuses (neurones) de transmettre l’influx nerveux (message), entre elles ou entre un neurone et une autre variété de cellules de l’organisme (muscles, glandes). Les neuromédiateurs constituent le langage du système nerveux, permettant à chaque neurone de communiquer avec les autres. C’est de cette façon que se fait le traitement de l’information : les messages passent à travers les cellules possédant la capacité de fabriquer ces substances dans l’organisme. La colère, la faim, le sommeil, mais également la pensée, la réflexion sont les résultats de l’action de ces molécules de communication. Dans l'ensemble les individus atteints de fibromyalgie semble percevoir la douleur de façon différente des autres. Il semble s'agir d'une perturbation du seuil de perception de la douleur.Des expérimentations ont été faites en explorant, par dolorimétrie la perception de la douleur. Celles-ci ont montré des anomalies quantitatives et qualitatives de la réponse aux stimuli douloureux (au fait de causer une douleur).
La diminution du seuil de perception de la douleur est un phénomène généralisé dans la FM, n'affectant pas seulement les zones douloureuses à la pression. L'exploration par dolorimétrie (dosage de la douleur) a montré des anomalies quantitatives et aussi qualitatives de la réponse aux stimuli douloureux. Les équipes médicales concernés par la recherche sur la fibromyalgie estiment que les individus souffrant de cette affection, présentent un état d'allodynie généralisée. Autrement dit, chez qu'une personne ressent anormalement, trop intensément, une douleur à la suite d'un stimulus à la (excitation) thermique (par application de chaleur) ou électrique (par application d'une petite décharges électrique). non seulement les patients la ressentent de de façon intense mais aussi ce stimuli entraînent une douleur. c'est la raison pour laquelle les équipes médicales concernées estiment qu'il existe une perturbation de l'interprétation de la douleur par le système nerveux central. On parle pour cette raison de mauvaises intégration des stimuli nociceptifs. Le terme nociceptif désigne tout ce qui est en relation ce qui capte les excitations douloureuses. Ce phénomène serait le résultat un d'un dysfonctionnement (mauvais fonctionnement) de certaines zones du cerveau et plus particulièrement du thalamus et du noyau codé qui sont des noyaux gris centraux de l'encéphale (partie du système nerveux compris dans le crâne). Une des raisons de ce dysfonctionnement serait une mauvaise vascularisation (perturbation de l'arrivée du sang, voir de son retour) de ces zones. tout ceci a été mis en évidence par des examens complémentaires médicaux tels que les techniques de débitmétrie cérébrale (single photon emission tomography (SPECT( et d'imagerie par résonance magnétique (IRM) fonctionnelle.
Revenons à la sérotonine et profitons en pour parler également d'un autre neuromédiateur, mis en cause récemment au cours de la fibromyalgie, il s'agit de la substance P. Ces deux médiateurs interviennent dans les mécanismes de nociception (perception de la douleur) et d'antinociception (contrôle de la douleur par les substances antidouleures sécrétées par l'organisme tel que les endorphines entre autres). Les prélèvements effectués ont montré que le taux de substances P est plus concentré dans le liquide céphalo-rachidien alors que le taux de sérotonine et les substances équivalentes été diminué. D'autres substances ont également été étudiéesil s'agit entre autres de la dynorphine A, le calcitonine gene-related peptide ou le nerve growth factor. Le liquide céphalo-rachidien, appelé également LCR, a un aspect très clair qualifié d'eau de roche entoure tout le système nerveux central et qui remplit en plus les cavités ventriculaires de l'encéphale autrement dit les ventricules cérébraux.
La recherche d'un foyer inflammatoire chronique est utile. Il peut s'agir d'un affection d'une dent, d'un sinus, d'un intestin, d'une pathologie gynécologique, entre autres.