Hantavirus : point complet sur la situation mondiale au 13 mai 2026

Trois semaines après les premiers décès à bord du MV Hondius, le foyer d’hantavirus continue d’évoluer dans plusieurs pays. Une Française sous poumon artificiel, des cas confirmés en Europe, des passagers en quarantaine aux États-Unis et un incident de protocole aux Pays-Bas : voici le bilan factuel au 13 mai 2026.

Bilan officiel OMS au 13 mai 2026

Selon les derniers chiffres de l’Organisation mondiale de la santé publiés le 12 mai, 11 cas sont recensés au total, dont 9 confirmés en laboratoire et 3 décès. Tous concernent des passagers ou des membres d’équipage du navire de croisière MV Hondius. Le virus impliqué est le virus Andes, seule souche de hantavirus connue pour permettre une transmission interhumaine limitée, par contact étroit et prolongé avec une personne symptomatique.

Le directeur général de l’OMS, Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, a déclaré mardi : « Pour le moment, il n’y a aucun signe indiquant que nous assistons au début d’une épidémie plus large. » Il a toutefois précisé que la situation pourrait évoluer, compte tenu de la période d’incubation pouvant aller jusqu’à 42 jours. De nouveaux cas restent donc possibles jusqu’à mi-juin 2026. Le risque pour la population générale est maintenu à faible ; le risque pour les passagers et proches contacts est qualifié de modéré.

France : une passagère dans un état critique sous ECMO

C’est le développement le plus préoccupant de ce 13 mai. La ressortissante française rapatriée du MV Hondius et hospitalisée à l’hôpital Bichat à Paris souffre, selon le Dr Xavier Lescure, infectiologue, de « la forme la plus sévère de la présentation cardiopulmonaire » du virus Andes. Elle est placée sous ECMO (Extracorporeal Membrane Oxygenation), une technique de circulation extracorporelle qui oxygène le sang à la place des poumons et du cœur. Le médecin parle du « dernier stade de la prise en charge de soutien ».

Quatre autres Français rapatriés du navire, testés négatifs, restent néanmoins hospitalisés à Bichat en isolement strict. Les autorités ont identifié 22 cas contacts, dont 8 placés en isolement renforcé en milieu hospitalier après avoir partagé un vol avec une personne infectée. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé deux réunions interministérielles quotidiennes à Matignon. Le président Emmanuel Macron a affirmé depuis Nairobi que la situation est « sous contrôle » et a appelé à une coordination européenne renforcée. Un décret du 11 mai encadre les mesures sanitaires : quarantaine hospitalière obligatoire pour tous les passagers français du navire, d’une durée maximale de 42 jours.

États-Unis : Nebraska et Atlanta

Les 17 ressortissants américains rapatriés de Tenerife ont atterri à Omaha, Nebraska, dans la nuit du 10 au 11 mai. Parmi eux, 16 sont à l’University of Nebraska Medical Center : 15 dans l’unité nationale de quarantaine et 1 dans l’unité de bioconfinement. Ce dernier est le Dr Stephen Kornfeld, oncologue qui avait soigné des passagers malades à bord avant d’être lui-même testé positif. Asymptomatique, il s’est exprimé publiquement depuis son unité, déclarant être en bonne forme morale. Deux autres Américains ont été transférés à Atlanta pour évaluation complémentaire.

Le Minnesota et le Kansas surveillent plusieurs personnes ayant eu un contact à haut risque avec des passagers confirmés positifs. L’Illinois enquête par ailleurs sur un cas sans lien avec le MV Hondius : un résident suspecté d’avoir contracté une souche nord-américaine de hantavirus en nettoyant un logement infesté de rongeurs — rappelant que le virus circule aussi à l’état endémique aux États-Unis, indépendamment de cet épisode.

Pays-Bas : incident de protocole à Nimègue

12 membres du personnel soignant du centre médical universitaire Radboudumc de Nimègue ont été placés en quarantaine préventive de 42 jours. Lors de la prise en charge d’un passager du MV Hondius admis le 7 mai, l’équipe a appliqué une procédure standard de prélèvement sanguin au lieu du protocole renforcé exigé par la nature du virus. Les règles d’élimination des urines n’ont pas non plus été respectées. Le risque d’infection pour ce personnel est jugé faible, mais la précaution s’impose. Le MV Hondius, lui, a entamé mardi son retour vers les Pays-Bas après le débarquement de ses derniers passagers à Tenerife.

Italie, Espagne, Suisse et traçage mondial

Le traçage international des contacts se poursuit dans de nombreux pays. En Italie, un touriste britannique ayant voyagé sur le même vol que l’épouse du patient zéro (Sainte-Hélène — Johannesburg) a été localisé à Milan et placé en quarantaine à l’hôpital Sacco. À Messine, un touriste argentin hospitalisé pour pneumonie est en cours de test pour le hantavirus. En Espagne, un passager espagnol du navire a été testé positif mardi. La Suisse traitait déjà un cas confirmé depuis le 6 mai. Des cas sont également recensés en Afrique du Sud et à Sainte-Hélène. Au total, des cas confirmés ou probables ont été identifiés dans au moins six pays à ce stade.

Argentine : enquête sur l’origine

L’Argentine a annoncé mardi l’envoi d’une équipe d’experts scientifiques pour enquêter sur l’origine précise du foyer. Le patient zéro a été identifié comme étant l’ornithologue néerlandais Leo Schilperoord, décédé à bord le 11 avril. Il aurait très probablement contracté le virus lors d’une observation d’oiseaux dans une décharge aux abords d’Ushuaia, en Patagonie, avant d’embarquer le 1er avril 2026. Son épouse, également infectée, est décédée le 25 avril en Afrique du Sud. Une troisième passagère allemande est morte à bord le 2 mai. L’enquête vise notamment à déterminer à quel moment et comment le virus a ensuite circulé entre passagers à bord du navire.

Traitements : où en est la médecine ?

Il n’existe à ce jour aucun traitement antiviral homologué contre le virus Andes. La ribavirine, testée lors d’épidémies précédentes, a montré des résultats jugés insuffisants. La prise en charge repose entièrement sur le soutien des fonctions vitales : oxygénothérapie, ventilation mécanique, et en dernier recours l’ECMO pour les formes cardiopulmonaires les plus graves. La piste la plus prometteuse, selon l’INSERM et le Centre national de référence des hantavirus, est l’immunothérapie par plasma : l’administration de plasma contenant des anticorps anti-virus Andes aurait permis de réduire significativement la mortalité lors d’études antérieures. Plusieurs essais cliniques sont en cours à l’échelle internationale.