Hantavirus : biologie, épidémiologie mondiale et actualité 2026

Le hantavirus est un virus zoonotique transmis par les rongeurs sauvages, capable de provoquer des maladies mortelles chez l’être humain. En mai 2026, un cluster inédit à bord du navire de croisière MV Hondius et une possible transmission interhumaine ont replacé ce pathogène au cœur de l’actualité sanitaire mondiale. Tour d’horizon complet et factuel, mis à jour au 6 mai 2026.

Qu’est-ce que le hantavirus ?

Les hantavirus forment une famille de virus portés par des rongeurs, capables de provoquer des maladies graves chez l’être humain. La contamination survient généralement par contact avec des rongeurs infectés ou leurs excrétions — urine, fèces ou salive.

Chaque souche possède un réservoir animal spécifique : rat noir, mulot à collier, campagnol roussâtre, souris sylvestre… Il existe plusieurs dizaines de génotypes dont la virulence pour l’être humain varie considérablement. Contrairement à de nombreux virus respiratoires, il n’est en général pas transmissible entre humains — une règle qui connaît toutefois de rares exceptions.

Deux syndromes cliniques majeurs

Le Syndrome Cardiopulmonaire à Hantavirus (SCPH) — Amériques

Dans les Amériques, les hantavirus provoquent le Syndrome Cardiopulmonaire à Hantavirus (SCPH), une atteinte respiratoire sévère avec un taux de létalité pouvant atteindre 50 %. Les symptômes initiaux (fièvre, myalgies, céphalées) évoluent rapidement vers une détresse respiratoire aiguë et un choc cardiogénique.

La Fièvre Hémorragique avec Syndrome Rénal (FHSR) — Europe et Asie

En Europe et en Asie, les hantavirus sont responsables de la Fièvre Hémorragique avec Syndrome Rénal (FHSR), caractérisée par fièvre, douleurs lombaires et insuffisance rénale aiguë. La létalité est généralement plus faible que pour le SCPH, mais peut atteindre 5 à 15 % selon la souche impliquée.

Mode de transmission

La contamination humaine s’effectue principalement par inhalation de particules virales en suspension (aérosols) issues des excrétions de rongeurs infectés. Elle peut aussi survenir par contact direct avec la peau lésée ou, plus rarement, par morsure de rongeur.

Les situations à risque les plus courantes incluent le nettoyage de greniers, caves ou granges infestés de rongeurs, les travaux agricoles ou forestiers, et le camping en zone rurale.

Le virus Andes, présent en Amérique du Sud, est à ce jour le seul hantavirus pour lequel une transmission interhumaine limitée a été documentée dans le cadre d’épidémies antérieures.

Situation mondiale : chiffres et géographie

À l’échelle mondiale, l’OMS estime entre 10 000 et plus de 100 000 infections chaque année, avec la charge la plus lourde en Asie et en Europe. Le nombre annuel de cas de FHSR est estimé à environ 150 000 cas.

Asie

La Chine représente à elle seule plus de la moitié du bilan mondial, avec environ 10 000 à 15 000 cas annuels de FHSR. La Corée du Sud enregistre également plusieurs centaines de cas chaque année.

Europe

En Allemagne, le nombre de cas a grimpé à 55 dans la première moitié de 2025, soit le double de l’année précédente, particulièrement en Bavière. Cette recrudescence est liée à une explosion des populations de campagnols roussâtres (Myodes glareolus), réservoir principal du virus Puumala en Europe centrale.

Amérique du Nord

Aux États-Unis, plus de 90 % des cas surviennent à l’ouest du Mississippi. Entre 1993 et 2023, 890 cas ont été recensés depuis le début de la surveillance. En février 2025, Betsy Arakawa, épouse de l’acteur Gene Hackman, est décédée d’un syndrome pulmonaire à hantavirus lié à une exposition à des rongeurs dans l’État du Nouveau-Mexique.

Amérique du Sud

L’Argentine a signalé, entre fin 2025 et début 2026, une recrudescence significative avec jusqu’à 20 décès. En décembre 2025, l’Organisation panaméricaine de la santé (PAHO/OMS) a émis une alerte épidémiologique pour l’ensemble du Cône Sud en raison de l’augmentation des cas et d’une hausse de la létalité observée dans certains pays.

L’événement majeur de 2026 : le cluster à bord du MV Hondius

Le 2 mai 2026, un regroupement de passagers présentant de graves infections respiratoires à bord d’un navire de croisière a été signalé à l’Organisation mondiale de la santé. Le navire MV Hondius, reliant le sud de l’Argentine au Cap-Vert, transporte 147 passagers et membres d’équipage.

Bilan au 4 mai 2026 selon l’OMS

  • 7 cas identifiés (2 confirmés en laboratoire, 5 suspectés)
  • 3 décès
  • 1 patient en état critique
  • 3 personnes présentant des symptômes légers

Les débuts de la maladie ont été observés entre le 6 et le 28 avril 2026, caractérisés par de la fièvre, des symptômes gastro-intestinaux, une progression rapide vers la pneumonie, un syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA) et un état de choc.

La piste d’une transmission interhumaine

L’élément le plus préoccupant de cet épisode est la suspicion de transmission interhumaine soulevée par l’OMS le 6 mai 2026. Si elle venait à être confirmée, ce serait un fait extrêmement rare : jusqu’ici, seul le virus Andes avait démontré cette capacité dans de précédentes épidémies sud-américaines.

La gestion de cet épisode repose sur une réponse internationale coordonnée : investigations approfondies, isolement et prise en charge des malades, évacuations médicales et analyses en laboratoire. Le navire était toujours immobilisé au large du Cap-Vert au moment de la publication de cet article.

Malgré la gravité de la situation pour les personnes à bord, l’OMS évalue le risque pour la population mondiale comme faible à ce stade.

Traitement et prévention

Traitement

À ce jour, il n’existe aucun traitement antiviral spécifique approuvé contre le hantavirus. La prise en charge est essentiellement symptomatique et repose sur les soins intensifs : oxygénothérapie, assistance respiratoire mécanique, dialyse rénale, traitement du choc hémodynamique. Une prise en charge précoce en unité de soins intensifs est déterminante pour la survie.

Prévention

La prévention demeure la meilleure arme disponible. Elle repose sur plusieurs mesures :

  • Éviter le contact avec les rongeurs sauvages et leurs excrétions.
  • Porter des équipements de protection (masque FFP2, gants) lors de travaux dans des espaces à risque (greniers, caves, granges).
  • Aérer et humidifier les zones poussiéreuses potentiellement contaminées avant de les nettoyer — ne jamais balayer à sec.
  • Désinfecter les surfaces avec une solution à base d’eau de Javel diluée avant tout nettoyage mécanique.
  • Gérer les déchets alimentaires et sécuriser les denrées pour ne pas attirer les rongeurs.
  • En zone endémique, éviter de dormir à même le sol lors d’activités de plein air.

Enjeux et perspectives

L’affaire du MV Hondius soulève une question scientifique fondamentale : si la transmission interhumaine venait à être confirmée pour ce cluster, cela changerait substantiellement l’évaluation du risque associé au hantavirus à l’échelle mondiale. La communauté scientifique sera particulièrement attentive aux résultats du séquençage génomique de la souche identifiée.

Par ailleurs, le retrait des États-Unis de l’OMS en janvier 2025 a créé une lacune dans la coordination internationale : le pays n’a reçu aucune des notifications en temps réel habituellement transmises aux États membres. Cette situation est particulièrement préoccupante à l’approche de la Coupe du Monde de football 2026, qui se tiendra dans onze villes américaines.

La communauté scientifique internationale appelle à renforcer la surveillance épidémiologique dans les régions endémiques et à accélérer la recherche sur les antiviraux et les vaccins candidats, dont plusieurs font actuellement l’objet d’essais cliniques.