Shigellose

Infection de l'intestin due à des bactéries dont la principale est la dysenterie bacillaire par shigella dysenteriae. Cette bactérie appartient à la famille des entérobactéries et à l'espèce Escherichiae, il s’agit d’un bacille mis en évidence par la coloration Gram-.

Les shigella très proches d'Escherichia coli appartiennent à quatre espèces qui sont:

  • Shigella dysenteriae

  • Shigella flexneri

  • Shigella boydii

  • Shigella Sonnei
Elles se caractérisent par la présence de l'antigène de surfaces somatiques O et par leur mode de fermentation des hydrates de carbone.
D'autre part les shigella ont une capacité à envahir les cellules recouvrant l'intestin et a provoquer des infections et des maladies chez l'homme même en quantité très faible (quelques centaines à quelques milliers de micro-organismes).

On estime à environ 140 millions le nombre d'individus atteints par cette maladie. La shigellose serait responsable de 600 000 décès survenant essentiellement chez les enfants de moins de cinq ans et tout particulièrement dans les pays en voie de développement.

Ce micro-organisme s'accommode bien des moeurs et des habitudes hygiéno-diététiques de certains pays. Les conditions sanitaires médiocres ainsi que la surpopulation facilite la transmission entre les individus qui se fait sur un mode orofécal par un mode direct (alimentation, matériel contaminé, mouche). Un petit nombre de bactéries étant suffisant, les épidémies surviennent dans les piscines, où les lacs contaminés ou dans les collectivités fermées (hôpitaux, cantines, casernes etc.). Enfin, la Shigella est souvent associée au gay bowel syndrome (touchant les homosexuels pouvant représenter un réservoir important de ces germes).
Une des épidémies les plus mortelles a été celle survenue en 1994 dans un camp de réfugiés fuyant la guerre civile du Ruanda.
Même aux USA, shigella est plus fréquemment dans les groupes minoritaires (afro-Américains, Américains d'origine hispanique et autochtones d’Amérique). Les communautés urbaines pauvres, les collectivités d'enfants atteints de déficience intellectuelle sont également concerneés par l'infection à shigella.
Lorsque la shigellose est étudiée vers les années 1940-1950, l'espèce de shigella rencontrée était shigella dysenteriae de type 1 à l'origine d'un taux de mortalité élevé. Puis, l'arrivée de shigella flexneri est remplacée (on ne sait pourquoi) progressivement par shigella Sonnei dans les régions industrialisées. Shigella boydii se situe dans le continent indien et est plutôt rare dans les autres régions.

Mécanisme d’action
Après leur ingestion par voie orale, les bactéries shigella ont une capacité à survivre plus importante par rapport aux autres bactéries du système digestif à l’intérieur du milieu acide que constitue cette atmosphère. Elles envahissent ensuite les cellules formant le revêtement épithéliale de la paroi de l’intestin et disséminent ainsi de cellules en cellule. Elles mettent en place un mécanisme qui leur permet d’échapper aux défenses immunitaires de l’organisme, et leur multiplication à l’intérieur des cellules entraîne des lésions de celles-ci ainsi que la mort, ce qui aboutit à la survenue d’ulcères des muqueuses (couche de cellules recouvrant l’intérieur des organes creux en général) très caractéristique. Il existe une autre propriété qui vient renforcer la virulence de cette bactérie, il s’agit de la toxine Shiga (Shigella dysenteriae) qui est codée par le gène stx régulé par le fer.
2 nouvelles entérotoxines de shigella, ShET-1 et –2 sont décrites actuellment.
Shigella est à l’origine d’une immunité dont la nature n’est pas connue avec précision.

Symptômes

  • Fièvre transitoire de 24 à 48 heures

  • Diarrhée liquide modérée à sévère et aqueuse évoluant vers une diarrhée sanglante et une dysenterie (diarrhée accompagnée de glaires, de douleurs, de pus et de sang). La dysenterie se caractérise par des selles fréquentes pouvant aller jusqu’à 30 par jour parfois associées à des crampes abdominales et à un ténesme. Le ténesme est une contracture douloureuse avec sensation de brûlure et envie constante d’aller à la selle ou d’uriner. Cette sensation se situe au niveau de l’anus et ou du col de la vessie, avant ou après l’évacuation du rectum ou de la vessie. Cette évacuation est le plus souvent constituée de glaires, de pus et parfois de sang. Le syndrome dysenterique est plus important quand il existe une infection par shigella dysenteriae de type 1, et shigella flexneri que par shigella Sonnei.

  • Une hyperthermie (élévation de la température) tout particulièrement chez l’enfant. Celle-ci est susceptible d’atteindre 40 à 41 degré centigrades et est parfois responsable de convulsions fébriles (convulsions dues à la fièvre).
Endoscopie
Celle-ci montre une muqueuse hémorragique (qui saigne) associée à des ulcérations localisées et une sécrétion de mucus. Les lésions sont situées au niveau du colon distal (terminal) essentiellement.

Complications
Déshydratation (perte d’eau) modérée chez les patients présentant une diarrhée, mais la déshydratation sévère est rare.
L’infection par Shigella est susceptible d’entraîner secondairement à des selles répétitives et fréquentes, la formation d’un prolapsus (sortie) du rectum chez les jeunes enfants. La shigellose peut également être à l’origine d’une dilatation (augmentation de volume) du côlon et d’une perforation parfois mortelle.
Chez les patients déjà dénutris, il est possible de voir apparaître une entéropathie exsudative avec des conséquences nutritionnelles sévères (pertes importantes des protéines contenues par le sang : albumine, immunoglobulines -anticorps- transferrine).
Chez les patients sidéens, la présence de shigella dans le sang de façon persistante entraîne des symptômes sévères.
Shigella peut également être à l’origine d’un syndrome hémolytique et urémique (SHU-destruction des globules rouges et augmentation du taux d’urée dans le sang). C’est plus particulièrement une souche de Escherichiacoli responsable de colite hémorragique qui est productrice d’une toxine proche de la Shiga toxine : les Escherichiacoli O157 :H7. Ce syndrome se développe généralement vers la fin de la première semaine alors que la dysenterie est en train de régresser. L’évolution est susceptible de se faire vers une insuffisance rénale (insuffisance de fonctionnement de la filtration rénale) une anurie (diminution et absence de sécrétion de l’urine) une anémie sévère et une insuffisance cardiaque (insuffisance de fonctionnement de la pompe cardiaque en tant que telle). Il a été décrit environ 5 à 10 % de décès chez des patients atteints par le S. H. U.
Les patients survivants présentent le plus souvent une insuffisance rénale chronique nécessitant parfois une dialyse et une transplantation rénale. Il a également été décrit lors de ce syndrome, une thrombopénie (baisse du nombre de plaquettes dans le sang) et un processus leucémoïde (touchant les globules blancs) avec une élévation des leucocytes supérieure à 50 000 par micron L. Enfin, les patients atteints par ce syndrome sont susceptibles de présenter des pathologies du système nerveux avec encéphalopathie, crises d’épilepsie, altération de la conscience et mouvements anormaux.
Les autres complications sont :
Un syndrome Reiter qui est une affection associant arthrite, urétrite (inflammation de l'urètre ), conjonctivite (inflammation de la conjonctive de l'oeil) et quelquefois uvéite (inflammation de n'importe quelle partie du globe oculaire) chez les patients présentant un antigène HLA-B27.
Une atteinte de l’appareil pulmonaire, des méninges, une vaginite chez les jeunes filles prépubères, une kératoconjonctivite (inflammation de la cornée et de la conjonctive) ainsi qu’une éruption de taches de coloration rosée de forme lenticulaire est possible également.

Examens complémentaires

Coproculture. Cet examen consiste à effectuer un ensemencement d'un milieu de culture avec des fragments de matières fécales, permettant d'y mettre en évidence des germes pathogènes (salmonella, etc...).
La coproculture est faite chaque fois que l'on suspecte la présence d'un germe dangereux pour la santé d'un individu. Elle permet de mettre en évidence sa présence dans les matières fécales. Elle est nécessaire, entre autres, quand le patient présente une diarrhée chronique dans un contexte épidémique, au retour d'un pays tropical.
Le germe est particulièrement fragile, pour cela est doit être mis en culture ou encore placé dans un milieu de transport adapté tel que le glycérol salin.
Il est possible mettre en évidence des anticorps dirigés contre les antigènes somatiques (O), ils apparaissent au début de la maladie. Ces tests ne sont effectués que lors des enquêtes épidémiologiques.

Traitement et prévention
Réhydratation (apport de liquide) par voie orale.
L’utilisation des antibiotiques est dépendante de la sévérité de la maladie. La plupart des variétés de shigella sont résistantes à beaucoup d'antibiotiques. Néanmoins, l’utilisation de l'ampicilline et du triméthoprime sulfaméthoxazole chez l'enfant est habituellement recommandée. La tétracycline et la ciprofloxacine ont également été utilisées avec succès.
Le lopéramide est quelquefois employé contre la diarrhée et s'avère efficace en association avec les antimicrobiens. Néanmoins ces médicaments qui agissent sur la motilité de l'intestin sont susceptibles d'augmenter la sévérité de la maladie car ils retardent l'évacuation des micro-organismes et facilitent l'invasion de la muqueuse intestinale. Enfin, ils sont contre-indiqués pendant la phase de dysenterie de la maladie et chez les enfants ainsi que les nourrissons.
Dans les pays en voie de développement, la prise en charge nutritionnelle est la plus importante et la plus urgente.
À l'intérieur des hôpitaux, la désinfection des instruments (stéthoscope etc.) ainsi que le port de gants diminue le portage infectieux.
Le personnel soignant et tout particulièrement celui travaillant dans l'alimentation et présentant une shigellose doit avoir une coproculture négative avant de reprendre travail. Il n’existe pas de vaccins actuellement.

Forum : discussions concernant "Shigellose"

  • Shigellose et grossesse, help!!! ... dans mes analyses de selles, hier, que j'avais une shigellose sonnei. Mise sous perfusion durant l'hospitalisation, les diahrrées ...
  • ... de mauvaise humeur. En septembre 2009, j’ai attrapé une shigellose + E. Coli. J’ai eu beaucoup de difficultés à m’en ...
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