Peste

Terme issu du latin : pestis et fléau.

Zoonose infectieuse, épidémique et contagieuse d'une extrême gravité due à un coccobacille, le bacille de Yersin (1894) : yersinia pestis ou bacille yersinia dont les réservoirs sont certains rongeurs sauvages et tout particulièrement le rat qui joue un rôle important dans la diffusion de la maladie. L'homme contracte la maladie par l'intermédiaire de la puce. La peste est une maladie à déclaration obligatoire en France. On distingue la peste bubonique (30 % de guérison spontanée) et la peste pulmonaire (mortelle en trois jours, se présentant comme une grippe suivie d'une atteinte pulmonaire) et la peste septicémique. La première est la plus fréquente et aussi la moins grave des trois.

Une zoonose est une maladie touchant essentiellement les animaux. Ce terme est généralement employé pour les affections qui sont transmises des animaux à l'homme et inversement. L'anthropozoonose désigne les maladies qui sont exclusivement transmises de l'animal à l'homme.

Historique
Le nom de peste était donné autrefois à toutes les grandes épidémies, d'où le terme de maladies pestilentielles, que l'on donnait aux maladies épidémiques.
La peste a souvent été à l'origine d'épidémies meurtrières comme celles qui eut lieu à Athènes en 434 127 av. J.-C. et en Europe au XIVe siècle, cette dernière d'ailleurs a entraîné plusieurs millions de morts. Une des plus connu du grand public fut la peste de Marseille qui sévit au XVIIIe siècle et celle d'Oran reprise dans son roman par Albert Camus.

Pour en venir à bout, les hommes ont dû pratiquer une lutte principalement contre les rats (dératisation des bateaux obligatoire au début du XXe siècle) et les puces afin de les détruire dans les bateaux et les ports. D'autres mesures telles que l'éviction de certaines maladies (grâce à la quarantaine) permirent d'enrayer ce fléau en interrompant le mode de transmission de l'animal (plus) vers l'homme.
De 1969 à 1993, une moyenne de 2356 cas humains de peste a été signalée annuellement par l'organisation mondiale de la santé.
Il existe encore quelques cas observés au Nouveau-Mexique (États-Unis du Sud) au Turkestan, au Mexique, en Inde. Enfin, dans certains laboratoires de recherche des cas de peste ont également été décrits.

La peste avec le choléra et la fièvre jaune eSt l'une des maladies sujettes à une quarantaine dans la législation sanitaire internationale. Elle est devenue une maladie rare bien qu'émergente (de nouveaux cas sont décrits actuellement). C'est une des maladies infectieuses les plus létale (possédant un potentiel, une capacité d'entraîner la mort).

Une des dernières épidémies de peste que l'on peut signaler est celle de la peste bubonique et pulmonaire qui est survenue en Inde en 1994 qui a entraîné environ une cinquantaine de décès.

Mécanisme (physiopathologie)
La peste est transmise aux humains généralement par une piqûre de puce et de moins fréquemment par contact direct comme entre autres le fait de toucher des animaux infectés. Elle peut également être transmise par l'intermédiaire de gouttelettes transportées dans l'air. La peste peut également être transmise au cours du dépeçage et du transport de carcasses d'animaux sauvages (lapins, lièvres, chiens de prairie, chats sauvages, coyotes). Contrairement à ce qui se passait dans le temps, la peste est devenue sporadique. Mais ceci ne doit pas faire oublier le risque potentiel d'une dissémination de type épidémique qui existe encore dans certains pays comme l'Asie centrale où certains rongeurs (mérione) sauvages constituent le réservoir du bacille. Une autre variété de peste (oro-pharyngée) peut résulter de l'ingestion de viande contaminée, mal cuite.
Quelquefois le transport du germe se fait à partir d'un liquide infecté déposé sur un doigt que l'on met dans sa bouche après avoir touché des animaux infectés eux-mêmes.
Le chien et le chat peuvent également être infectés après avoir mangé des rongeurs infectés ou après avoir été piqués par une puce infectée. Ces animaux peuvent également transporter les puces infectées transmettant ainsi le vecteur épidémique qui provient de rongeurs infectés vers un lieu domestique.

Une fois que le micro-organisme du nom de yersinia pestis est introduit dans le corps par l'intermédiaire de la peau (piqûre), des muqueuses, celui-ci va envahir les vaisseaux lymphatiques de la peau et atteindre les ganglions localement et régionalement. C'est à ce stade que se crée…

La peste bubonique se caractérisant par la présence de bubons (ganglions) qui contiennent un grand nombre de germes. Il s'agit en fait d'une adénopathie (ganglions pathologiques) entourée d'un anneau œdémateux (gonflement de la peau contenant du liquide). Cet adénopathie ne présente pas de caractéristiques particulières si ce n'est son caractère très douloureux. En effet, la position antalgique (que l'individu adopte pour tenter de lutter contre la douleur) fait quelquefois penser au diagnostic de peste. À partir de là, l'éventualité la plus favorable mais la moins fréquente est la mise en branle défense immunitaire de l'individu infecté limitant ainsi l'envahissement des ganglions par le germe. L'étape suivante se caractérise par la survenue d'une nécrose (destruction de tissu) et l'apparition d'accès qui de fistulisent (communiquent) avec la peau. La guérison est généralement obtenue en une semaine voir dix jours. Une autre éventualité, représentant environ 50 à 70 % des cas, est la dissémination du bacille à partir du ganglion à travers le sang et les circuits lymphatiques (vaisseaux contenant la lymphe de l'organisme) en passant par le foie et la rate. À cet instant survient une septicémie qui est mortelle en 36 heures...

La peste septicémique peut également survenir à ce stade, secondairement à une multiplication très importante des bacilles dans la circulation sanguine. Cette variété de peste apparaît quand les défenses des ganglions lymphatiques et les autres types de défense sont dépassés.
Les lésions qui apparaissent dans certains organes sont les suivantes :

Myocardique (inflammation du myocarde constituant le muscle cardiaque lui-même) et que l'on nomme interstitielle diffuse, elle s'accompagne d'une dilatation (augmentation de volume) du cœur.

Une destruction des tissus composant le foie
Une destruction de la rate qui survient de façon diffuse
Une atteinte rénale et plus spécifiquement des glomérules (zone permettant la filtration du sang pour obtenir l'urine) qui contient des thrombi (petit caillot sanguin constitués de fibrine qui est une variété de protéine)
Survenue d'une perturbation de la coagulation sanguine à type de coagulation intravasculaire disséminée (petit caillot de sang se constituant dans la circulation sanguine générale) pouvant être à l'origine d'une atteinte des vaisseaux, d'ecchymoses et de pétéchies (petits hémorragie cutanée).

La peste pulmonaire quant à elle est due à une exposition à des gouttelettes d'origine respiratoire contenant le germe est provenant d'une personne ou d'un animal (chat, chien) atteints de peste respiratoire. Les germes peuvent également provenir d'individus atteints d'une peste septicémique bubonique. Enfin, la peste pulmonaire peut également être secondaire à une contagion professionnelle accidentelle (individus travaillant dans un laboratoire). Comme il est spécifié plus haut, la peste pulmonaire est moins fréquente mais mortelle à 100 % en l'absence de traitement. Le décès survient en moins de 3 jours voir en quelques heures.

Symptômes
La peste se caractérise par un début rapide avec survenue d'une hyperthermie (fièvre) et d'autres manifestations traduisant une infection par une bactérie dont la coloration est gram-négatif.
À cet instant, si le traitement survient rapidement et correctement, l'infection n'évolue pas vers la défaillance multiviscérale (les viscères et tout particulièrement le foie, les reins et le cerveau ne fonctionnent plus correctement) et le décès.

1)En cas de survenue de peste bubonique qui rappelons-le est provoquée par la piqûre d'une puce infectée, on assiste à une période d'incubation de à 6 jours. L'incubation est la période silencieuse correspondant au développement dans l'organisme de germes à l'origine d'une maladie qui ne se manifeste pas encore par des symptômes. Cette période se situe entre la contamination (contact avec le germe : contagion) et l'apparition des premiers symptômes de cette maladie (invasion). Quelquefois cette incubation est plus longue. À partir de là, le patient va présenter des frissons, une fièvre avec une température qui s'élève quelquefois à plus de 38 degrés centigrades. Celle-ci est accompagnée de myalgies (douleurs musculaires) d'arthralgies (douleurs articulaires), de céphalées (maux de tête) et d'une sensation d'asthénie (fatigue importante). Dans les 24 premières heures, le patient ressent une douleur dans une ou plusieurs adénopathies à proximité de l'endroit où la puce a introduit le bacille yersinia pestis. Généralement les piqûres de puce touchent les membres inférieurs, c'est la raison pour laquelle se sont les ganglions fémoraux et inguinaux (à la racine des membres) qui sont le plus fréquemment impliqués. Les ganglions (bubons) sont augmentés de taille et consécutivement sont particulièrement douloureux et sensibles. Le patient va alors limiter ses mouvements au maximum et éviter que l'on touche les zones douloureuses. À la palpation, les zones concernées par les ganglions sont oedémateuses (on remarque une surélévation de la peau sous laquelle se localisent des liquides séreux) et accompagnées d'une coloration rouge ou rose ainsi que de chaleur. Si l'on inspecte convenablement le patient il est possible de déceler les piqûres de la puce, dont le témoignage sont la présence d'une petite papule (légère surélévation de la peau), On voit apparaître ensuite une papule (légère surélévation de la peau) associée à une pustule (présence de pus sous forme de croûtes) et parfois même d'un ulcère (perte de substance cutanée localisée). Quelquefois on assiste au développement d'ulcères beaucoup plus importants mais plus rarement.
À ce stade, la peste bubonique répond généralement rapidement et convenablement au traitement par antibiotiques. On assiste alors à une défervescence (baisse de la température) et à une amélioration de toutes les manifestations en deux à cinq jours. Néanmoins les bubons restent augmentés de volume et sensibles pendant environ une dizaine de jours après le traitement.

En absence de traitement efficace on voit apparaître chez le patient certain signes alarmant tels qu'une augmentation du rythme cardiaque : tachycardie, une prostration (le patient refuse son environnement) une agitation, et quelquefois une confusion ainsi que les convulsions et un délire. Ceci traduit la survenue d'une septicémie par le bacille de la peste qui débouche sur d'autres symptômes beaucoup plus alarmants qui sont une hémorragie, un choc et une défaillance des viscères (qui n'assure plus leur rôle). Il a tout de même été décrit des formes et tout particulièrement en Amérique du Sud mais aussi dans d'autres pays, légères, de peste bubonique que l'on appelle pestis minore présentée par des patients alors qu'ils sont hospitalisés. La caractéristique majeure de cette forme clinique de la peste est la présence d'une fièvre légère et d'une inflammation moins importante que celle décrite précédemment.

Diagnostic différentiel de la peste bubonique (il ne faut pas confondre cette pathologie avec une autre) :

Tularémie
Infection par staphylocoque doré
Infection par streptocoque bêta hémolytique du groupe A
Maladie des griffes du chat
Lymphadénite (inflammation des ganglions d'origine infectieuse autre que le bacille yersinia)

2) Les patients atteints de peste septicémique présentent généralement des manifestations gastro-intestinales telles que :

Des nausées
Des vomissements
Des diarrhées
Des douleurs abdominales
Une hypotension (chute la tension artérielle) réfractaire (que l'on arrive difficilement à récupérer)
Une insuffisance de fonctionnement de la filtration rénale proprement dit
Des pétéchies (voir ci-dessus)
Des ecchymoses
Des saignements à partir des points de ponction ou des traumatismes minimes
Une gangrène (destruction des tissus) des extrémités
Les symptômes cités précédemment sont secondaires à une CIVD (coagulation intravasculaire disséminée se caractérisant par la présence dans le sang, dans la circulation générale, de petits caillots sanguins secondaires à l'infection bactérienne).
Une obnubilation

Ces symptômes peuvent amener à faire un diagnostic erroné. D'autre part , si cette forme de peste n'est pas traitée précocement par des antibiotiques adaptés, elle peut évoluer vers une forme que l'on appelle fulminante (rapide) qui est fatale.

Les autres formes cliniques regroupent essentiellement :
La méningite qui est une manifestation inhabituelle de la peste.
La peste pharyngée se présente avec de la fièvre, une toux sèche, une lymphadénite (inflammation des ganglions du cou), des maux de tête. Le plus souvent il est difficile de faire la différence entre une pharyngite secondaire à la peste et une pharyngite " classique ".
La peste survenant dans le personnel soignant travaillant dans des régions de peste où sévit une endémie de cette pathologie doit être alertée d'une éventuelle survenue de cette affection afin de prendre des mesures adaptées pour permettre un diagnostic et un traitement approprié.

Le labo
Avant tout, il est nécessaire de préciser que certains laboratoires proposent un diagnostic soit par erreur soit par excès soit par défaut.
Un bon laboratoire permet de confirmer le diagnostic. Pour cela, théoriquement il est nécessaire de mettre en évidence le bacille de la peste ce qui n'est pas facile. En effet, il faut que le biologiste pense à rechercher yersinia pestis que d'autre part, il sache que le bacille ne croit qu'à 28 degrés et au moins en quarante-huit heures sur des cultures.
Le dosage des anticorps étant obtenu qu'en 6 jours, à ce stade le patient est soit guéri soit décédé. Cet examen de ne sera donc que d'une utilité à posteriori.

L'analyse de la sécrétion provenant de l'arbre de respiratoire (trachée) ne montre pas toujours la présence du bacille.

Récemment sont apparues des bandelettes de diagnostic rapide mise au point par l'institut pasteur de Madagascar et à Paris. Elles nécessitent néanmoins une dernière phase de validation pour pouvoir être employées larga manu. Ces bandelettes devraient permettre le diagnostic rapide en moins de 10 minutes permettant d'avoir une forte présomption diagnostique. Une bandelette peut être appliquée sur des expectorations ou sur le contenu d'un bubon.

Traitement
Tous les antibiotiques sont actifs sur le bacille de l'yersinia pestis de points néanmoins il existe des formes dites plasmides résistance.
L'OMS recommande la streptomycine à 2 g par jour jusqu'à amélioration du patient ainsi que le la tétracycline (cette molécule pouvant être associée dans les formes sévères). Pour les atteintes méningées le chloramphénicol est recommandé et complète des deux antibiotiques précédemment cités.
La forme pulmonaire nécessite de traiter très tôt ce qui sous-entend la mise en place de diagnostic rapide également.

Bioterrorisme
L'actualité nous oblige, à travers le risque de bioterrorisme, d'envisager une éventuelle contamination à travers un processus d'intimidation par des individus malintentionnés. On peut tout de suite tranquilliser le lecteur en lui signalant que, si yersinia pestis, est le bacille de plus dangereux sur terre, le manipulateur qui prendrait le risque d'essayer de faire pousser des souches de ces bactéries prendraient des risques très importants qui risqueraient de se retourner contre lui.

Aucun commentaire pour "Peste"

Commentez l'article "Peste"