Anthrax

L'anthrax est la dénomination anglaise de la maladie du charbon.

Cette maladie infectieuse due à une bactérie aérobie (c'est-à-dire nécessitant de l'oxygène pour vivre) appelée Bacillus anthracis, s'observe le plus souvent chez les animaux herbivores. L'homme peut être infecté par inhalation ou ingestion à la suite d'un contact avec des animaux infectés ou des produits d'origine animale contaminés, ou après une piqûre d'insecte. La découverte de plusieurs cas récemment aux États-Unis fait redouter le conflit utilisant des armes bactériologiques dont l'anthrax est un candidat de choix.

Historique de la maladie du charbon
Cette maladie ait été décrite pour la première fois au cours de l'antiquité et l'on parlait alors de la pustule maligne ou anthrax. On l'appelait également maladie des cardeurs et des trieurs de laine. Sa description était la suivante à l'époque. Le patient présentait des démangeaisons puis survenaient des papules c'est-à-dire un épaississement rouge de la peau s'accompagnant d'une légère bosselure de celle-ci. Cette modification cutanée avait lieu à l'endroit même de l'inoculation du bacille du charbon. Cette papule se transformant tout d'abord en vésicule, se modifiait dans un deuxième temps pour devenir un escarre de coloration noire comme du charbon d'où le nom de la maladie. Un escarre correspond à la destruction locale plus ou moins importante d'un tissu, due à une diminution de l'irrigation sanguine suite à un processus ischémique. L'ischémie est la diminution de la vascularisation et donc de l'apport sanguin au niveau de ces tissus. Mais le nom d'anthrax ne provient pas uniquement de la tache noirâtre survenant sur la peau du malade elle a également un rapport avec la couleur des épanchements de sang noirâtre dont la coagulation est incorrecte et qui s'observe au cours de cette maladie.

La contamination de la maladie du charbon se fait essentiellement par les animaux qui y sont diversement sensibles. Le charbon est particulièrement présent parmi les herbivores domestiques comme les chèvres, les chevaux et les moutons. On le rencontre également chez les herbivores sauvages.
C'est le fourrage qui est utilisé pour leur alimentation qui est contaminé par Bacillus anthracis. Chez les herbivores, la maladie est grave et entraîne une forte mortalité. Juste avant de mourir, les animaux présentent une septicémie (infection généralisée) accompagnée de saignements du nez, de la bouche et de l'intestin, ce qui entraîne une contamination du sol par le germe qui est alors susceptible de se reproduire et de persister dans l'environnement. Une source importante de contamination est constituée par les carcasses des animaux infectés. Le déplacement des animaux infectés vont contaminer plusieurs zones géographiques attenantes. Il semble que les mouches soient également un vecteur de diffusion du charbon. Les vautours, qui se nourrissent des carcasses, sont quant à eux responsables de la diffusion du charbon entre des zones géographiques non contiguës. Cette maladie observée dans une porcherie de la partie nord du pays de Galles en 1989 a entraîné l'abattage et l'incinération d'environ 4500 cochons, puis la décontamination par la formaline des excréments, des locaux ainsi que du matériel d'équipement, des routes et des terrains avoisinants. Le contact avec des os, de la laine ou des poils de l'animal facilite l'émergence de cette maladie. Les pays les plus particulièrement touchés sont la Turquie, le Pakistan et le Soudan. La probabilité que les produits animaux, et plus particulièrement les poils de chèvres, provenant de ces pays soient contaminés par le charbon est élevée.

Chez l'Homme, ce germe entraîne 4 variétés de maladies du charbon qui sont :
Le charbon cutané
Le charbon pulmonaire
Le charbon gastro-intestinal
Le charbon oropharyngé

Environ 95% des cas humains de charbon sont des formes cutanées, et environ 5% des formes pulmonaires. La complication habituelle de cette maladie est une septicémie particulièrement graves dues à Bacillus anthracis.

Le charbon cutané se caractérise généralement par une escarre (tissus cutanés morts) centrale entourée d'un oedème (gonflement) important.
Chez l'enfant, il atteint le visage et le cou, et plus rarement les membres supérieurs que chez l'adulte. Ceci semble être dû au fait que les enfants sont essentiellement contaminés par les mouches, contrairement aux adultes qui, eux, ont un contact direct avec les carcasses d'animaux infectés.
Quelques jours après l'inoculation apparaît une petite tâche rouge sur la peau. Durant la semaine qui suit, survient une vésicule ou une pustule aboutissant à la formation d'une ulcération recouverte d'une escarre noirâtre, entourée d'un oedème dur et extensif. Ceci peut s'accompagner d'une démangeaison mais la lésion finale est indolore. Il apparaît habituellement quelques ganglions douloureux. La maladie ne s'accompagne pas de fièvre et présente peu ou pas de signes généraux ; parfois cependant, il peut survenir un état de choc correspondant à une diminution profonde et brutale du débit circulatoire, provoquant une hypotension et des troubles de la conscience. La guérison spontanée s'observe dans 80 à 90% des cas non traités, mais l'oedème peut persister pendant plusieurs semaines. En l'absence de traitement, il s'observe dans environ 20% des cas restants une septicémie, quelquefois associée à une fièvre élevée et suivie d'une mort rapide.

Diagnostic différentiel (la maladie ne doit pas être confondue avec une autre maladie).
Il ne faut pas confondre la maladie avec une infection d'origine staphylococcique, avec la tularémie (maladie infectieuse transmise par le lapin et le lièvre), la peste, ou une dermatite pustuleuse contagieuse bovine.
C'est le contexte qui permet de faire le diagnostic de la maladie du charbon, notamment la profession des malades (agriculteur, éleveurs, équarisseurs, etc… ), surtout en présence de vésicules et d'un œdème.

Le charbon pulmonaire, également appelé maladie des trieurs de laine, entraîne typiquement une inflammation du médiastin (partie du thorax située entre les poumons et contenant notamment le cœur, la trachée, les bronches et l'œsophage) s'accompagnant d'hémorragies, avec une infection à l'origine d'une très forte mortalité. Après 1 à 3 jours d'évolution, apparaît une dyspnée (trouble de la respiration) accompagnée d'une fièvre, d'un stridor (bruit aigu entendu pendant l'inspiration), d'une hypoxie (diminution de l'oxygénation de l'organisme) et d'une hypotension (baisse de la tension artérielle) aboutissant généralement à un décès en 24 heures.
Il peut survenir une forme dite fulminante, s'accompagnant d'une hémorragie du médiastin, responsable d'une image visible radiologiquement correspondant à un élargissement de cette zone de l'organisme. C'est une pathologie comparable à celle des infections respiratoires virales graves, rendant le diagnostic précoce particulièrement difficile.

Le charbon gastro-intestinal, rare, entraîne également d'une forte mortalité.
Il se caractérise par : une fièvre, des nausées, des vomissements, des douleurs abdominales, une diarrhée sanglante, parfois une ascite d'apparition rapide (épanchement de liquide dans la cavité péritonéale).

Le charbon oropharyngé se caractérise par : une fièvre, un mal de gorge, une dysphagie, des adénopathies (ganglions) localisées et douloureuses, parfois une détresse respiratoire, une lésion des amygdales.

Les analyses de laboratoire permettent de révéler une hyperleucocytose : augmentation des leucocytes (globules blancs) à polynucléaires neutrophiles (variété de globules blancs), et confirment le diagnostic de charbon par la recherche d'anticorps dirigés contre B. anthracis.
Elles détectent des spores de B. anthracis par une technique de PCR spécifique (pour tester rapidement des produits d'origine animale ou agricole potentiellement contaminés) et sont complétées par : des tests d'immuno-fluorescence directe, une culture pour sauf si le patient a déjà reçu une antibiothérapie ( parfois le décès survient trop rapidement),un examen du liquide céphalorachidien (charbon des méninges).

Le traitement consiste à utiliser des médicaments contenant de la ciprofloxacine, des fuoroquinolones, de la pénicilline G parentérale (voie d'introduction d'une substance autre que la voie digestive),de l'érythromycine ou les tétracyclines chez patients allergiques à la péniclline, du chloramphénicol.
Il est nécessaire de procéder à une désinfection des lésions cutanées, et à une décontamination des vêtements. Enfin, l'administration d'anticorps dirigés contre la toxine du charbon par des antisérums.

La prévention consiste à utiliser des vaccins vivants atténués contenant des spores de B. anthracis pour l'immunisation des herbivores domestiques. Les carcasses des animaux décédés des suites du charbon doivent être enterrées intactes ou incinérées. Les autopsies ou l'abattage des animaux infectés doivent être évités car la reproduction de B. anthracis n'est possible qu'en présence d'oxygène.

La question que l'on peut se poser est la suivante : l'anthrax peut-il être à l'origine d'une épidémie ?
Pour cela l'ennemi doit disposer d'une quantité très importante de spores (voir ci-dessus), ce qui signifie qu'il faut posséder les moyens de cultiver la bactérie en laboratoire et plus spécifiquement dans des milieux de culture appropriés dont le nombre doit être suffisant pour cela.
Ensuite, il est nécessaire de stocker les cultures. Si le stockage proprement dit n'est pas compliqué (le bacille s'accommode des milieux de culture traditionnels et se conserve sous la forme de spore), la production industrielle quant à elle, nécessite une approche technologique et scientifique hautement développée.

Les procédés pouvant être utilisés pour répandre la bactérie sous sa forme de spore (espèce de carapace protégeant la bactérie) afin de déclencher une épidémie, sont divers et parfois inattendus et nécessite beaucoup d'imagination de la part de celui qui veut causer l'affection. L'avion quant à lui permet de disperser les bactéries au-dessus des zones urbaines. Un autre mode de contamination est l'utilisation d'enveloppes ou de colis contenant de la poudre. Celle-ci est glissée à l'intérieur de ces objets puis par un simple contact cutané (à condition qu'il existe une excoriation c'est-à-dire une plaie minime) l'individu peut s'infecter par le bacille du charbon.
Enfin, la dispersion dans des systèmes de ventilation, de la bactérie, peut être à l'origine d'une inhalation par les occupants d'un bâtiment. Enfin, une bonne nouvelle, la bactérie du charbon résistant mal à la cohabitation avec d'autres bactéries, il est nécessaire que les tuyaux soient en quelque sorte stériles ce qui est très rarement le cas.

D'autre part, pour être contaminé, l'homme doit être confronté à une certaine dose infectieuse. Ainsi, selon un rapport qui date de 1970, si l'on libère 50 kilos de spore d'anthrax dans une ville peuplée de 5 millions d'habitants, le nombre des victimes pourrait être de 250 000 dont 100 000 mort.

Pour toutes ces raisons, les différents gouvernements des pays susceptibles d'être exposés à une guerre bactériologique, préconisent, quand il existe une suspicion d'infection par le bacille du charbon, de procéder à des tests diagnostiques rapides à partir de prélèvement de gorge, de nez, de poumon. Enfin les radios, les cultures de sang peuvent également apporter une aide pour la mise en place du diagnostic.

Aucun commentaire pour "Anthrax"

Commentez l'article "Anthrax"