Portrait de Dr Martzolff Richard

La maladie de Huntington ne bénéficie actuellement d'aucune thérapeutique validée agissant sur son cours évolutif face à cette réalité, on peut partager les travaux de recherches actuelles en deux grands courants dont les concepts et les méthodes diffèrent.
Le premier courant, que l'on pourrait qualifier de déterministes tente d'élaborer des traitements susceptibles d'interférer avec les processus qui conduisent les neurones à la mort, en se basant sur l'identification des mécanismes moléculaires mortifères.
Cette recherche s'appuie sur le déchiffrage des cascades d'événements intracellulaires qui peuvent contribuer à la mort neuronale, elle est particulièrement active depuis le développement des modèles animaux transgéniques de la maladie (souris, drosophile). Le second plus pragmatique est fondé sur l'essai de traitement potentiel élaboré indépendamment de leurs cibles physiopathologiques, il s'agit des greffes intracérébrales et de l'administration des facteurs neurotrophiques.

La cible thérapeutique potentielle est basée sur les mécanismes pathologiques.
Selon les hypothèses excitotoxiques, directe et indirecte, le riluzole ou la lamotrigine ont été proposés pour diminuer la concentration présynaptique en glutamate, mais les résultats sont décevants.
Certaines molécules, comme le rémacémide sont capables de bloquer le canal calcique et lié au NMDA mais les essais cliniques n'ont pas été concluants. La piste mitochondriale a conduit à proposer l'utilisation du coenzyme Q. 10 de la créatine qui permet de restaurer les stocks d'adénosine triphosphate (ATP), sans davantage de succès. On signale néanmoins des essais encourageants dans les modèles murin avec l'cystéamine.

Greffe intrastriatale de neurones foetaux.
En 2006 cinq essais pilotes dans le monde ont été officiellement mené ne permettant pas tous de tirer des conclusions fermes sur les résultats obtenus. Néanmoins ces études suggèrent que pour des patients à un stade plus avancé de la procédure, la greffe est relativement sure lorsqu'elle est réalisée par des équipes entraînées. À l'heure actuelle une on s'est attaché à évaluer l'efficacité des greffes en plus de leur faisabilité. Elle a montré un bénéfice moteur d'environ quatre à cinq ans et un bénéfice cognitif prolongé au-delà de six ans, chez trois des cinq patients ayant été traité par greffes de cellules fœtales humaines. Elle suggère que le greffon est toujours actif mais que le processus dégénératif se poursuit autour de la zone de greffe. D'autres essais à plus grande échelle sont en cours de réalisation en France et en Belgique, et ils s'étendent à l'Europe. La greffe semble donc un moyen potentiel de rémission et de stabilisation de quelques années mais le développement parallèle de traitement neuroprotecteur est une nécessité absolue.

Facteurs neurotrophiques et neuro protection.
Les mécanismes de l'excitotoxicité et de l'apoptose peuvent être réduits de façon significative dans les modèles animaux lorsque les neurones subissent l'effet de molécules regroupées sous le terme de facteurs neurotrophiques. Parmi ces facteurs le ciliary neurotrophic factor (CNTF), une cytokine de la famille des interleukines six, stimule la pousse neuritique et réduit la mort neuronale. Les neurones du striatum en sont une cible privilégiée. Néanmoins certaines caractéristiques pharmacocinétiques et toxicologiques de ce produit en réduise les possibilités d'utilisation comme par exemple la capture hépatique quasi immédiate et le mauvais passage de la barrière hématoencéphalique. La tolérance est médiocre. En effet l'effet inflammatoire entraîne une baisse de l'état général qui a fait interrompre un essai dans la sclérose latérale amyotrophique. Un essai a été mené dans la maladie de Huntington, utilisant une technique de micro encapsulation (libération des molécules neurotropiques et passage des nutriments et de l'oxygène nécessaires à la survie des cellules produisant le C. N. T. F. dans les capsules implantées dans le ventricule latéral droit. Ce protocole visait avant tout à confirmer la tolérance du produit qui a été avéré. De bons résultats électrophysiologiques ont été observés mais il faudrait d'autres études pour tester l'efficacité du produit.
Le traitement de la maladie de Huntington pourrait donc a priori associer chez les patients symptomatiques une reconstruction par greffes du striatum et une neuroprotection délivrée par le système nerveux central, dans l'attente de traitement intervenant sur les mécanismes physiopathologiques et modifiant l'histoire naturelle de la maladie de Huntington...

En conclusion la maladie de Huntington reste incurable mais depuis la découverte du gène en 1993 des avancées considérables concernant les mécanismes physiopathologiques et nouvelles pistes thérapeutiques ont changé les perspectives et la prise en charge des patients. Ces découvertes pourraient bénéficier à d'autres maladies neurodégénératives en particulier les affections des noyaux gris centraux ou les autres maladies à polyglutamines, car c'est un modèle unique, bien identifiés, d'affections striatale et de neurodégénérescence neuronale.

ENCYCLOPÉDIE médicochirurgicale de neurologie
Tome 4 (Edition 2008)
Maladie des Huntington : aspects diagnostics actuels et applications pratiques.
17-059-C-50

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