Portrait de Jozefa

Bonsoir tout le monde,

Cela fait bien longtemps que je lis ce forum et je suis horrifiee par tout ce qui arrive aux gens qui sont dependants a l'alcool.

Moi-meme j'ai perdu mon cher Papa il y a 5 ans, a cause de l'alcool. Il a eu beaucoup de problemes, de douleurs, et de solitude dans sa vie. La bouteille a ete sa seule amie et son seul soutien.
Il a eu une pancreatite chronique avant 50 ans. Il a perdu au moins 20 kg en 3 mois. Il a arrete de boire pas mal de temps. Il a suivi son regime scrupuleusement, et il a repris toutes ses forces, et ses kg. Puis quand il s'est cru gueri, il a recommence par une biere, juste une, il aimait boire une bonne biere. Et c'est comme ca qu'il retombait dans le piege.
4 ou 5 ans apres, une nouvelle crise de pancreatite, nouvelle hospitalisation, scepticemie, delirium, il s'en est sorti. Il a repris des forces, mais il a pris un coup de vieux cette fois la.
Il a suivi son regime, a arrete de boire, mais au bout de quelques mois, il recommencait.
Il avait de gros problemes familiaux car ma mere etait gravement malade et nous devions faire face, seuls, lui et moi.
Quand la maladie arrive chez vous, on deserte votre maison et vous vous retrouvez bien seul.
Il s'est sacrifie pour ma mere, lui a donne tout ce qui etait en son pouvoir de lui donner. Mais il savait bien que sa vie etait brisee et il se refugiait dans l'alcool.
L'alcool peut etre une bequille, je trouve que ca adoucit bien la realite, meme si on retrouve les problemes le lendemain.
Moi l'alcool m'a aide a passer plusieurs caps dans la vie, et quand les choses se sont arrangees, j'ai tout arrete.
Mais il y a des gens qui plongent, et la plupart ne s'en relevent pas.

Comme je l'ai dit, je lis depuis longtemps ce forum mais c'est la premiere fois que j'interviens,
J'ai mal en vous lisant, en imaginant vos meres, vos peres, vos epouses et maris, freres ou soeurs, dans un lit, souffrant, et attendant la mort.

Je trouve qu'on n'est pas assez informes sur les souffrances que provoque l'alcoolisme. Par exemple, c'est sur ce forum que j'ai entendu parler de varices oesophagiennes, de ponctions de liquide dans le ventre. Je suis sideree de n'en avoir jamais entendu parler ailleurs...il ne faut peut etre pas que trop de gens le sachent, il y aurait moins d'alcooliques, ca ne serait pas bon pour les affaires de l'Etat, peut etre...

Mais en vous lisant, une chose m'irrite au plus au point, c'est quand vous dites que vous ne comprenez pas pourquoi votre parent, en sachant les souffrances qu'il endure, et qu'il va endurer n'a pas la volonte de s'arreter.
Quel etre faible, il sait que vous l'aimez, que vous souffrez de le voir ainsi. Quel egoiste, pourquoi n'arrete-t-il pas de boire ? c'est limite, meprisable...

Moi aussi j'ai ete comme vous. Je disais a mon pere que j'etais la, que je ne voulais pas le perdre, je m'ennervais quand je trouvais des bouteilles cachees. Je mourais de peur surtout, avec tout ce que les medecins nous avaient raconte sur les risques. Et je lui en voulais de continuer de boire en cachette.
J'etais desesperee d'avoir un pere qui buvait, desesperee qu'il le fasse en cachette, qu'il mente, qu'il risque sa vie, qu'il me fasse du mal avec tout ca.

L'avant dernier episode de maladie a commence par une scepticemie, un abces sur foie, je ne sais plus combien de litres de pus on a draine, quelquechose comme 6 ou 8 litres de pus dans le foie...
puis on a du lui enlever un petit morceau d'intestin ( c'etait un petit trou dans l'intestin qui laissait passer les dechets qui avait cause cet abces au foie ).
Il etait si maigre, si faible, et il devait faire des coloscopies regulierement, on vous fait boire un produit qui vous fait vider les intestins, et on vous laisse a jeun pendant plus de 24 heures.
Il etait cadaverique.
15 jours apres sa sortie de l'hopital, il a fait une occlusion intestinale. On lui a trouve des brides.
pendant 3 ou 4 mois, il a fait des occlusions intestinales a repetition. Nous n'avions plus d'espoir pour lui, il s'affaiblissait trop. L'equipe medicale etait pessimiste.
Puis ca s'est arrete, il a du suivre un regime extremement strict. Il etait a bout de force, il n'a plus recupere ses forces, il n'avait que la peau et les os et a 65 ans, il en paraissait 90.

La derniere fois qu'il s'est senti mal, c'etait une inflammation a la vesicule biliaire. Il a refait une scepticemie. Les chirurgiens nous ont dit que le foie etait ''parti'' - Il etait dans le coma, plusieurs jours. Il avait un traitement d'antibiotiques tres forts. Et la scepticemie est partie. Mais quand on a redonne a manger a mon pere, les problemes se sont enchaines, vomissements, occlusion...il est decede 20 jours apres cette hospitalisation.
J'etais la. Je lui tenais la main. J'avais l'impression que le ciel me tombait sur la tete, c'etait une des pires choses qui pouvait m'arriver.

Combien de fois je me suis demande pourquoi il n'avait pas arrete ? bien plus tard j'ai compris que mon pere etait un homme normal, un homme bien, et non pas un monstre qui ne pensait qu'a boire en cachette pour s'amuser a nous mentir.
mais voila, l'alcool est une drogue dure au meme titre que l'heroine et la cocaine et vouloir s'en sortir est beaucoup plus difficile a faire, qu'a dire.
C'est facile pour nous de dire qu'il suffit d'etre abstinent. Pour eux, l'abstinence est un calvaire. C'est pour ca qu'il y en a peu qui s'en sortent.

Nous on croit qu'apres une cure de desintoxication tout doit rentrer dans l'ordre. On le croit, ou on nous l'a laisse croire ??

c'est dur d'etre abstinent, mais quand on rencontre un obstacle sur notre chemin, cela provoque un grand mal etre, et on sait que si on boit un petit coup, on va etre bien.
La realite est parfois dure a affronter, et nos forces, nos personnalites ne sont pas egales.

Alors, voila, je voulais vous expliquer que quand vous vous plaignez de vos souffrances a voir la degradation de vos proches malades, vous m'ennervez.
N'avez vous jamais essaye d'imaginer ce qu'etait leur souffrance ? pour qu'ils en arrivent a se detruire, sachant qu'ils vont mourir et que la plupart des gens les jugent, les critiquent et les meprisent...essayez un peu de comprendre qu'eux...ils se sentent bien plus mal que vous.

Je m'en veux de ne pas avoir compris ca avant la mort de mon pere.

Portrait de xavier6362
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Bonsoir
Votre témoignage est touchant.
Tout d'abord, il est exact que l'alcool pris en excès engendre toutes sortes de maladies. Cette drogue (comme l'héroïne, cocaïne ou autres) s'attaque en effet à tous (ou presque) les organes de votre corps (cerveau, foie, reins,.......). Bien que ce n'est pas prouvé, je pense même qu'il peut abimer les organes sensoriels et plus précisément la vue(je parle pour moi)
Le seul moyen de le combattre (pour un alcoolique) est l'abstinence totale et surtout avant qu'il ne soit trop tard.
Croyez-moi que je peux comprendre votre désarroi et celui de feu votre père. Mais de grâce, ne pensez pas ce que vous avez écrit : "L'alcool peut être une béquille, je trouve que ca adoucit bien la réalité, même si on retrouve les problèmes le lendemain." ou du moins la première partie. Toutefois, vous avez bien réalisé les dangers de l'alcool en continuant par la deuxième partie.
Je vous cite encore : "il y aurait moins d'alcooliques, ca ne serait pas bon pour les affaires de l'Etat, peut être..." Entièrement d'accord avec vous. L'alcool tout comme le tabac renfloue les caisses. Pourquoi croyez-vous qu'ils veulent légaliser les drogues dites "douces" (pétard)? Et une petite taxe en plus, une !
J'en viens au fait que vous avez signalé que pas mal de gens disent"il n'a pas de volonté, il n'a qu'à arrêter,.....). Je l'ai entendu des dizaines de fois (par personne interposées bien sur). C'est exact que c'est plus facile à dire qu'à faire. Mais il ne faut pas en vouloir à ces personnes. Je suis persuadé qu'elles le disent ou le pensent mais sans méchanceté (je sais, je suis peut-être naïf)
Je terminerai par le fait que vous ne devez en aucun vous culpabilisez pour votre papa. Lui en a décidé autrement et vous avez fait du mieux que vous le pouviez.
Gardez-le au fond de votre coeur et ayez de temps en temps, une pensée pour lui.
Bien à vous

Portrait de vercingetorix
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Juste une remarque
l'abstinence n'est pas un calvaire,un peu difficile à gerer au début
Après 25 ans d'alcoolisme ( cures,sevrages et autres) je vis depuis bientôt 27 ans sans alcool et je vis heureux
Une fois qu'on a copris qu'on est different,qu'on ne peut pas boire comme les autres et qu'une fois arreté,on ne paut plus se permettre une seule goutte d'alcool,ça va tout seul - enfin,presque_
Tu as bien analysé la situation,la dépendance est plus forte que le reste

Portrait de xavier6362
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Moi après presque un an d'abstinence, je peux vous affirmer que j'ai une 2e jeunesse. Je revis. Peu peuvent se vanter d'avoir cette chance.

Portrait de ninette082
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c'est vrai que votre témoignage est émouvant
moi j'ai vécu une enfance difficile , une adolescence pas terrible et 21 ans de vie de femme avec un alcoolique
une séparation et un cancer
je ne lui en veut pas car je sais que je suis plus forte que lui et qu'il joue avec la chance qu'il a
et que je ne lui souhaite pas du mal
je lui ai offert du réconfort et les moyens de se soigner il a tt refusé
j'arrive après 7 ans de séparation à ne plus être en colère après lui qd il est saoul
et moi je ne suis jamais tombée ds quoi que ce soit et j'ai même arrêté de fumer alors que rien ne m'y poussait
je sais que chacun est différent

Portrait de doucemangue
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Votre témoignage est touchant mais..personne hormis eux-memes ne les a mis dans cette situation.Ce qui certes ne doit pas minimiser et empecher une prise en charge globale et correcte des patients,mais ne doit en aucun cas provoquer la pitié.
Ils sont responsables de leur etat quand bien meme vous etes enfant,conjoint,entourage d'un alcoolo-dépendant.

Portrait de xavier6362
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doucemangue wrote:
Votre témoignage est touchant mais..personne hormis eux-memes ne les a mis dans cette situation.Ce qui certes ne doit pas minimiser et empecher une prise en charge globale et correcte des patients,mais ne doit en aucun cas provoquer la pitié.
Ils sont responsables de leur etat quand bien meme vous etes enfant,conjoint,entourage d'un alcoolo-dépendant.

Exactement doucemangue. Personne ne m'a forcé à devenir alcoolique. Je suis également d'accord sur le fait qu'il faut essayer d'aider des gens comme moi mais en aucun cas en avoir pitié et surtout pas se culpabiliser de ne savoir rien faire.
Moi, je peux vous dire que j'ai reçu toute l'aide adéquate et maintenant, je suis abstinent depuis 13 mois. Je revis et je retrouve tous mes proches, amis, connaissances,....
Bien à vous

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