Syndrome phalloïdien

Définition 

Le syndrome phalloïdien est l'intoxication la plus grave due à l'amanite phalloïde, qui est un champignon vénéneux.

  • Pour mettre en évidence une intoxication par un champignon il faut se souvenir que la survenue des troubles digestifs fait généralement suite à un repas préparé après les produits d'une cueillette. 
  • Dans le cas contraire, c'est-à-dire quand les symptômes apparaissent après plus de six heures (après l'ingestion des champignons), le pronostic n'est pas bon en théorie.
  • A l'opposé quand les premiers symptômes surviennent moins de six heures après l'ingestion des champignons toxiques, il semble que l'intoxication soit plus souvent bénigne. Ceci est une règle générale mais il existe des exceptions.

Généralités 

Le champignon est un végétal cryptogame par opposition aux phanérogames qui désignent des végétaux dont les organes de fructification sont cachés ou peu apparents. En dehors des champignons, il s'agit des algues, des mousses.

Les intoxications par les champignons apparaissent le plus souvent entre le mois d'avril et le mois de décembre, et essentiellement en automne. La fréquence des intoxications par les champignons est dépendante directement de l'abondance de ceux-ci. C'est la raison pour laquelle, on les rencontre plus particulièrement vers la fin de l'été, quand ceux-ci ont été chauds et humides. Elles sont généralement liées à la mauvaise connaissance de l'existence de champignons vénéneux.

Plus rarement, il s'agit d'erreurs d'identification, d'où la nécessité de savoir que l'identification d'un champignon ne peut se faire que par un mycologue (spécialiste des champignons) compétent, et sur un champignon en entier. 

Certains individus pensent pouvoir mettre en évidence la toxicité des champignons en faisant intervenir des tests dits de toxicité. Ces tests traditionnels sont inutiles, voire dangereux. En effet, les champignons vénéneux ne noircissent pas au contact de l'ail, de l'argent, ou de l'oignon. D'autre part, les champignons dangereux ne présentent pas une odeur caractéristique, ou particulière. On a longtemps cru, il s'agit d'une erreur, que les champignons dangereux ne sont pas attaqués par les limaces et les vers.

Enfin, le changement de couleur quand on coupe un champignon, n'est pas un signe de toxicité de celui-ci.

Épidémiologie 

Le syndrome phalloïdien entraine 10 à 15% de mortalité, dont 90% dues à l'amanite phalloïde.

Classification 

Il est nécessaire de distinguer les syndromes d'incubation longue et les syndromes d'incubation courte. Ceci dépend des champignons vénéneux ingérés.

  • Les syndromes d'intoxication longue :
    • Le syndrome phalloïdien est le plus fréquent des syndromes liés à une intoxication par des champignons, en France et en Europe de l'Ouest. Les principaux champignons responsables du syndrome phalloïdien sont :
      • L'amanite phalloïde (amanita phalloïde).
      • L'amanite printanière (amanita vera).
      • L'amanite vireuse (amanita virosa).
      • Certaines petites lépiotes brunes.
    • L'intoxication par ces champignons, est le résultat de l'ingestion de toxines portant le nom d'anatoxine, et plus particulièrement de l'alphamanitine, ceci explique les symptômes observés. L'évolution du syndrome phalloïdien s'effectue en trois étapes :
      • Tout d'abord on constate une phase de latence durant globalement de 10 à 15 heures (parfois moins).
      • La phase suivante se caractérise par l'apparition de troubles du système digestif le plus souvent sévères. Il s'agit avant tout de vomissements et de diarrhées. Si aucun traitement n'intervient dès cet instant, le patient est susceptible de se déshydrater sévèrement et rapidement. Les complications inhérentes à ce phénomène sont des perturbations métaboliques (perturbation du fonctionnement de l'organisme). Il s'agit de dérèglements cardio-vasculaires, et d'une diminution de la filtration rénale. Autrement dit le coeur du patient n'assure plus la circulation sanguine à l'intérieur de l'organisme, et les reins n'assurent plus la filtration du sang.
      • La troisième phase est une face parenchymateuse, c'est-à-dire une atteinte du parenchyme (tissu de fonctionnement d'un organe) du foie, qui se caractérise par la survenue d'une hépatite (inflammation du foie) parfois très grave, pouvant apparaître rapidement c'est-à-dire 36 à 48 heures après l'ingestion.
    • Le traitement du syndrome phalloïdien, nécessite une hospitalisation en service d'urgence et de réanimation afin de mettre en place un traitement spécialisé et des mesures thérapeutiques efficaces.
    • Le syndrome orellanien survient à la suite d'une intoxication par certains champignons, et plus particulièrement les cortinaires dont le chef de file est Cortinarius orellanus. Ce champignon appelé également cortinaire des montagnes, contient une toxine expliquant la survenue des symptômes qui s'observent au cours du syndrome orellanien. Cette toxine porte le nom d'orellanine, et responsable au bout d'une longue période de latence qui peut aller de trois jours à trois semaines, de l'apparition d'une soif intense, de douleurs siégeant dans le bas du dos (douleurs lombaires), de troubles digestifs pour commencer. Par la suite, apparaît une insuffisance rénale qui va en s'aggravant rapidement. Le syndrome orellanien est susceptible de guérir sans séquelles, et son évolution est le plus souvent chronique. Les complications, susceptibles de survenir au cours de ce syndrome, sont avant tout une atteinte hépatique mais dans certains cas seulement. Ici, le traitement est symptomatique.
    • Le syndrome gyromitrien est un ensemble de symptômes survenant à la suite de l'ingestion de certains champignons, et plus particulièrement de Gyromitra esculenta. Ce champignon, appelé également fausse morille, libère une toxine qui est la gyromitrine (pour les spécialistes, rapidement hydrolysée en N-méthylhydrazine). Après un long moment de latence, qui dure environ six à huit heures, les premiers troubles digestifs apparaissent. Ils sont suivis immédiatement de céphalées (maux de tête). Si l'intoxication est sévère ils s'accompagnent rapidement de troubles neurologiques. Il s'agit avant tout d'agitation, de convulsions, et de coma. Par la suite, survient une hépatite (inflammation du foie) associée à une hémolyse (éclatement des globules rouges). Le plus souvent ces symptômes sont discrets. Le traitement du syndrome gyromitrien est avant tout symptomatique (chaque symptôme est traité indépendamment). Ce traitement fait appel à la vitamine B6, associée aux anticonvulsivants, soit pour traiter d'éventuelles convulsions qui sont apparues, soit pour les prévenir.
  • Les syndromes d'intoxication courte :
    • Le syndrome myco-atropinien est le résultat d'une intoxication par certains champignons et plus particulièrement l'amanite tue mouches (amanita muscaria). Les autres champignons concernés sont l'amanite panthère (amanita pantherina). Seulement une demi-heure à quelques heures après un repas comportant l'amanita muscaria, et ou, amanite panthère surviennent les premiers symptômes qui sont tout d'abord des perturbations du système nerveux à type d'ébriété, de confusion, d'agitation, d'hallucinations, de désir. Viennent ensuite, les troubles digestifs (uniquement chez certains patients) moins importants que les troubles neurologiques. Le troisième type de symptômes décrit est une atteinte cardiaque (accélération du pouls). On constate ensuite, une perturbation de la régulation du diamètre des pupilles qui apparaissent dilatées (mydriase), associée généralement à un excès de sudation. L'ensemble de ces symptômes traduits une perturbation du système nerveux neurovégétatif (sympathique et parasympathique). Son évolution est le suivant : on constate une régression des symptômes précédemment décrits en quelques heures. Puis le patient présent une phase de sommeil intense et profond. Dans quelques cas (rares) on constate l'apparition de convulsions. Son traitement nécessite une hospitalisation en service de réanimation et d'urgence, afin de pratiquer un lavage de l'estomac (aspiration du contenu gastrique) à condition que le patient soit hospitalisé rapidement.
    • Le syndrome muscarinien ou sudorien est le résultat d'une intoxication par des champignons contenant de la muscarine. Il s'agit avant tout des champignons suivants :
      • Clitocybe blanc (clitocybe dealbata, le clitocybe rivulosa, le clitocybe cerussata).
      • Inocibe (inocibe patouillardii, inocibe fastigiata, inocibe geophylla).
    • Les symptômes sont les suivants : environ un quart d'heure à deux heures après l'ingestion des champignons vénéneux apparaissent des troubles digestifs, un larmoiement, des sueurs profuses, un écoulement nasal, un excès de sécrétion de salive, des troubles respiratoires à type de gêne respiratoire, un ralentissement du rythme cardiaque, et des troubles visuels. L'évolution de ce syndrome se fait spontanément en quelques heures. Il existe néanmoins, des formes graves, qui nécessitent un traitement, et une prise en charge en milieu spécialisé (réanimation) si possible avant que tous les symptômes apparaissent. Dans certains cas, il est possible d'utiliser l'atropine comme antidote mais uniquement en milieu spécialisé médical.
    • Le syndrome coprinien est le résultat d'une intoxication par des champignons de type coprin (Coprinus atramentarius,C. micaseus), Clitocybe clavipes et Boletus luridus. Le phénomène étrange qui survient à la suite d'une ingestion de ces champignons, est l'intolérance à l'alcool qui s'ensuit. En effet, durant les semaines qui suivent la consommation de cette variété de champignons, la prise d'alcool entraîne une vasodilatation intense, c'est-à-dire une ouverture du calibre des vaisseaux de l'organisme essentiellement au niveau du visage et du cou. Ceci aboutit à la survenue d'une coloration rose vif du visage, c'est ce que l'on appelle l'effet antabuse. Ce terme a été déposé et utilisé dans les pays anglo-américains pour commercialiser un produit : le disulfirame qui en France est sorti sous le nom d'Espéral®. Le disulfirame est donc un espéral ou TTD B3-B4. Il correspond à divers symptômes survenant lorsque le patient absorbe ce médicament, puis de l'alcool par la suite. Ce produit doit théoriquement obliger les patients à rester abstinents. Le disulfirame bloque une enzyme (variété de protéines permettant diverses réactions à l'intérieur de l'organisme) appelée l'acétaldéhyde-déshydrogénase qui entraîne l'accumulation d'acétaldéhyde dans le sang, et qui se traduit par :
      • Des bouffées congestives du visage (rougeurs importantes du visage).
      • Des nausées.
      • Des vomissements.
      • Sensation de malaise.
      • Une tachycardie (augmentation du rythme cardiaque).
      • Une hypotension (baisse plus ou moins importante de la tension artérielle).
      • Chez certains patients mais plus rarement, il peut survenir :
        • Un collapsus cardio-vasculaire (le cœur et les vaisseaux ne peuvent plus assurer leur fonction de remplissage).
        • Des troubles graves du rythme cardiaque
        • Des crises angineuses (diminution du calibre des coronaires que l'origine d'une diminution de l'apport).
        • Un infarctus.
        • Des troubles respiratoires graves
        • Un oedème du cerveau
        • Des hémorragies méningées (hémorragie au niveau des membranes de recouvrement et de protection du cerveau et du système nerveux central)
        • Une mort subite.
    • Après ingestion de Coprinus atramentarius , de micaceus, de clitocybe, de Boletus luridus, entre autres , l'effet antabuse régresse en deux à quatre heures. Mais si le patient absorbe de l'alcool dans la semaine qui suit le repas de champignons toxiques on constate une récidive.
    • Le syndrome résinoïdien est le résultat d'absorption de nombreux champignons tels que bolet, agaric, entolome, clavaire, lactaire, tricholome, scléroderme, russule. Ces champignons contiennent des substances irritantes, qui peuvent entraîner une gastro-entérite dont la gravité est plus ou moins importante. Un grand nombre d'espèces consommées crues, sont toxiques, alors que cuites elles ne le sont pas. Il en est de même des champignons qui ont vieilli, ou qui ont été conservés durant plusieurs jours après la récolte. Les troubles survenant au cours du syndrome résinoïdien, sont des perturbations du fonctionnement du tube digestif entre autres. D'autres symptômes plus graves peuvent survenir, il s'agit entre autres d'une hépatite après ingestion d'entolome livide (Entoloma lividum). Cette hépatite n'est pas très sévère, mais elle est associée à la gastro-entérite.
    • Le syndrome narcotinien est le résultat d'une intoxication par la psilocybine et par la psilocine. Ces deux substances contenues dans diverses espèces de champignons du genre psilocine panaeolus et conocybe, sont voisines du LSD. Les symptômes sont les suivants : environ une demi-heure à trois heures après l'ingestion de ce type de champignons apparaissent des troubles psychologiques à type de troubles de l'humeur. Il peut s'agir d'anxiété, ou au contraire d'euphorie, associés ou pas à une sensation d'étrangeté, de délires, d'hallucinations, de troubles de la perception temporo-spatiale. L'évolution immédiate du syndrome narcotinien est le suivant : les manifestations précédemment décrites deviennent de plus en plus intenses deux à quatre heures après l'ingestion des champignons, puis on constate une régression durant une demi-journée. Le traitement du syndrome narcotinien est symptomatique (on traite chaque symptôme que présente le patient).
    • Le syndrome paxillien est causé par l'ingestion de certains champignons, en particulier le paxille enroulé (Paxillus involutus). Les symptômes sont les suivants :
      • Troubles digestifs (apparaissant une à trois heures après l'ingestion des champignons toxiques).
      • Hépatite (inflammation du tissu composant la glande hépatique : le foie).
      • Hémolyse (éclatement des globules rouges) peu sévère.
      • Atteinte rénale (rarement).
      • Collapsus cardio-vasculaire (incapacité pour l'organisme d'assurer convenablement le transport du sang à l'intérieur du système circulatoire et des battements cardiaques efficaces).
    • Le syndrome panthérinien est le résultat d'une intoxication par une substance toxique : le muscimol contenu dans certains champignons dont Amanita pantherina, Amanita muscaria, Amanita gemmata. Les symptômes apparaissent après une phase de latence allant de une à quatre heures. On constate la présence d'une tachycardie (accélération du rythme cardiaque), une élévation de la tension artérielle (hypertension artérielle), une dilatation des pupilles (mydriase), l'apparition de troubles neurologiques et psychologiques (hallucinations, convulsions), une sécheresse des muqueuses (couche de cellules recouvrant l'intérieur des organes creux en contact avec l'air). Le syndrome panthérinien n'est le plus souvent pas mortel. Néanmoins, il peut-être très dangereux en particulier pour les enfants et les personnes âgées, ainsi que les individus présentant une faiblesse cardio-vasculaire (concernant le système cardiaque et le système circulatoire). Le traitement nécessite un lavage gastrique et l'administration de sédatifs

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