Diabète gestationnel : quelles normes ?

Ce matin, dans les bureaux du magazine Rebelle-Santé, une jeune femme enceinte (fille d’une de mes collaboratrices) est arrivée affolée : elle doit se mettre au régime pour un diabète gestationnel.

 

Une gastro, des dextro…

Pourquoi est-elle considérée comme « diabétique » (c’est ce qu’on lui a dit !) ? Parce qu’elle a un taux de glycémie de 1 g et que, d’après l’hôpital où elle est allée consulter pour une gastro — elle avait tellement vomi qu’elle avait de la couperose sur les joues, ce qui lui avait fait un peu peur —, elle doit être en dessous de 0,92. Elle a donc été hospitalisée pour des examens complémentaires (qui n’ont rien donné), puis « condamnée » par une sévère diabétologue assistée d’une stricte diététicienne : elle doit noter chaque jour tout ce qu’elle mange dans un cahier et faire des efforts pour boire du lait et manger du fromage blanc, sinon le bébé va lui pomper tout son calcium ! Et puis plus de fruits, noix et amandes, interdites ! Surtout pas d’avocat ! Et, 6 fois par jour, elle se fait ses « dextro » pour mesurer sa glycémie en se piquant le bout du doigt.

 

Peur, culpabilité et conseils inadaptés

Dans les locaux du magazine, nous disposons d’une belle bibliothèque et, sans attendre, on a vite prêté à cette future maman une sélection de livres à lire d’urgence, dont celui sur le régime IG d’Anne Dufour et j’ai essayé, autant que j’ai pu, de la rassurer. Mais elle est à la merci de ces gens qui se permettent de la maltraiter en la culpabilisant, en lui faisant peur, en lui disant que sa santé est en danger parce qu’elle mange mal, que s’il lui arrive quelque chose, ou pire, s’il arrive quelque chose au bébé... Eh oui, elle en sera responsable. Et qu’est-ce qui leur donne le droit de la traiter comme ça ? Leurs diplômes ?

Donc elle doit tenir son cahier et noter tout ce qu’elle mange (sans tricher !), prendre 6 fois par jour la mesure de sa glycémie qui, toute la journée, est et a toujours été largement en dessous des « normes autorisées » (mais le matin à jeun, elle est à 1 g, et c’est 0,08 g de trop !).

 

Quelle est la glycémie « acceptable » ?

Comment sont décidées les normes ? À partir de quelle glycémie bascule-t-on dans la grande famille des diabétiques ? C’est un peu comme pour le cholestérol : au fil des années, les normes baissent toujours un peu plus.

Du temps où on ne dépistait pas à tout bout de champ, les chiffres étaient différents : jusque dans les années 1990, le taux  de glucose était normal jusqu’à 1,4 g, puis a été ramené à 1,26. En 2006, la norme est passée à 1,06. Et en 2010, d’après l’American College of Sports Medecine, la glycémie reste normale jusqu’à 1,10 le matin à jeun.

Petit rappel du cas dont il est question dans ce post : glycémie en dessous de 0,92 g toute la journée et 1 g le matin !

Peut-être aurait-on pu se contenter de demander à cette jeune femme de surveiller sa glycémie, parce qu’il peut paraître bizarre qu’elle soit plus élevée le matin qu’après les repas ?

 

Manque de respect…

Quand elle a osé demander pourquoi il y avait 3 femmes sur 5 dépistées en diabète gestationnel comme elle dans la salle d’attente de l’hôpital, que ça lui paraissait énorme, on lui a répondu que, tout simplement, avant, on ne le dépistait pas.

Et si elle ne se plie pas à leurs exigences de régime alimentaire fort discutable, que lui promettent-ils ? Un bébé de plus de 4 kilos à la naissance qui sera sans doute obèse plus tard et qu’elle-même sera sans doute diabétique à la quarantaine. Beau programme, non ? Bel exemple de la manière dont certains médecins traitent leur patients, en leur inoculant la peur et la culpabilité. Ces personnes qui semblent se réjouir de vous mettre ainsi en état d’infériorité sont dangereuses. Si, en plus, elles vous conseillent les édulcorants et les produits laitiers, et la suppression des oléagineux, sans bien entendu prendre la peine de vous conseiller de manger le plus complet et le plus bio possible, fuyez-les vite fait !

Car s’il existe bien, à notre époque, une épidémie de diabète de type 2 — grâce à l’alimentation moderne hyper raffinée, bourrée de sucre, de lait ou de sel — de tels conseils venant de « spécialistes » ne peuvent qu’aggraver la situation !

 

Sophie Lacoste

Rédactrice en chef du magazine Rebelle-Santé

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