Les médicaments destinés à lutter contre l'acidité gastrique représentent un danger réel pour la santé : c'est ce qui ressort de multiples études réalisées depuis plusieurs années sur de larges populations d'utilisateurs.

Explications.

Brûlures d'estomac : danger des médicaments anti-acidité

Quels sont les médicaments concernés ?

On les appelle IPP, pour Inhibiteurs de la Pompe à Protons.
Cette classe de médicaments a pour action principale la diminution de la sécrétion acide dans l'estomac.
Les IPP sont prescrits pour soulager les "brûlures d'estomac", le reflux gastro-oesophagien, les oesophagites, les ulcères gastriques et pour éradiquer Helicobacter Pylori, une bactérie pouvant être à l'origine de cancer de l'estomac.

 

Sous quels noms sont-ils commercialisés ?

Les IPP sont commercialisés, pour la plupart en vente libre (sans ordonnance), sous différents formes (selon la formule chimique utilisée) et différentes appellations.

L'oméprazole :

  • Oméprazole (générique)
  • Mopral
  • Mopralpro
  • Omediprol
  • Zoltum

L'ésoméprazole :

  • Esoméprazole (générique)
  • Inexium
  • Nexium

Le lansoprazole :

  • Lansoprazole (générique)
  • Lanzor
  • Ogast
  • Ogastoro

Le pantoprazole :

  • Pantoprazole (générique)
  • Eupantol
  • Inipepsia
  • Inipomp
  • Ipraalox
  • Pantoloc
  • Pantozol

Le rabéprazole :

  • Rabéprazole (générique)
  • Pariet

 

Pourquoi les médicaments anti-acidité sont-ils dangereux ?

Ces médicaments sont conçus pour agir dans certaines pathologies bien identifiées, et ils doivent être administrés sur une durée limitée.
Ils sont donc efficaces et sans danger quand ils sont prescrits par un médecin pour un traitement de courte durée. Ainsi, on considère que grâce aux IPP, le nombre d'opérations pour ulcère peptique a diminué.
 

Leur dangerosité vient de plusieurs facteurs : 

1 - ils sont accessibles en vente libre, sans ordonnance : ils font donc partie des médicaments les plus sujets à l'automédication, ce qui peut laisser supposer, à, tort, qu'ils sont sans danger.

2 - les médecins eux-mêmes prescrivent très souvent des IPP en dehors des recommandations d'utilisation : ainsi, une étude menée sur 71000 patients a démontré que plus de 2/3 d'entre eux s'étaient vu prescrire des IPP alors qu'ils n'en avaient pas besoin.
En France, entre 2005 et 2007, les prescriptions d'IPP ont augmenté de 21%.
Selon la Commission de la transparence de la HAS(Haute Autorité de Santé), 60% de la prescription totale des IPP est faite hors autorisation de mise sur le marché (AMM)  : "Trois situations ont d’ores et déjà été identifiées comme sources de mésusage :

  • les coprescriptions IPP/AINS dans le cadre de pathologies non chroniques chez des patients non à risque (c'est-à-dire la prescription systématique d'IPP pendant un traitement anti-inflammatoire)
     
  • les symptômes ORL traités de façon empirique comme symptômes extra-œsophagiens du reflux gastro-œsophagien (RGO)
     
  • la prévention des lésions hémorragiques digestives hautes chez les patients hospitalisés en unité de soins intensifs."

3 - le traitement est souvent très long, voire quasi-permanent, notamment à cause de l'effet-rebond : à l'arrêt du traitement, les symptômes réapparaissent de façon plus marquée qu'avant de prendre les anti-acides, ce qui incite les patients à reprendre rapidement leur IPP. 

4 - les IPP soulagent des symptômes mais ne soignent pas leur cause

5 - l'acidité naturelle de l'estomac joue un rôle essentiel dans le maintien de la santé de l'ensemble de l'organsime : elle empêche notamment le développement de certains micro-organismes.

 

Quels sont les risques courus en prenant un traitement anti-acidité (hors prescription adéquate) ?

Effets secondaires énoncés par les laboratoires (niveau de risque noté par les *) :

  • agitation **
  • agranulocytose *
  • agressivité *
  • anomalies de la numération formule sanguine **
  • anxiété **
  • augmentation des transaminases ***
  • bouche sèche **
  • chute des cheveux **
  • confusion des idées **
  • démangeaisons ***
  • dépression **
  • diarrhée ou constipation ****
  • douleurs abdominales ****
  • douleurs articulaires **
  • douleurs musculaires **
  • éruptions cutanées ***
  • faiblesse musculaire *
  • flatulences ****
  • fourmillements ***
  • gynécomastie *
  • hallucinations *
  • hépatite **
  • hyponatrémie **
  • inflammation de la bouche **
  • insomnies ou somnolence ***
  • insuffisance rénale **
  • lupus cutané
  • malaises, vertiges, étourdissements ***
  • maux de tête ****
  • nausées, vomissements ****
  • perturbation du goût **
  • photosensibilisation **
  • réactions allergiques **
  • transpiration excessive **
  • vision trouble **

 

De nombreuses études (voir références en fin d'article) ont démontré la dangerosité des IPP pris hors AMM (c'est-à-dire prescrits à tort) ou en automédication

La forte diminution de l'acidité naturelle de l'estomac favorise le développement de micro-organismes : l'acidité est bactéricide.
D'où une nette augmentation du risque de contracter :

  • une infection nosocomiale à Clostridium difficile : de + 74% à + 136% selon la durée du traitement par IPP
     
  • une infection digestive à Clostridium difficile (+ 23%), à Salmonella, à Shigella ou à Campylobacter
     
  • une infection respiratoire (+ 17%) : développement du nombre de bactéries gastriques, notamment anaérobies, favorisé par la diminution de l'acidité gastrique. Des études constatent davantage de pneumonies nosocomiales chez les patients sous IPP.
     
  • Risque encore plus élevé chez l'enfant que chez l'adulte : une étude menée sur 188 enfants âgés de 4 à 36 mois sous traitement IPP (pour RGO la plupart du temps) démontre une forte augmentation des infections pulmonaires et des gastroentérites.
     

La forte diminution de l'acidité naturelle de l'estomac empêche l'absorption du calcium.
D'où une augmentation du risque de fractures osseuses, notamment chez les personnes âgées (+ 23%) :

  • risque de fracture multiplié par 1,6 après 5 ans d'utilisation des IPP et par 4,6 après 7 ans
     
  • risque de fracture vertébrale : + 47%
     
  • risque de fracture du bras ou du poignet : + 25 %
     
  • risque de fracture du col du fémur : une étude menée sur 135000 personnes de plus de 50 ans prenant de fortes doses d'IPP depuis plus d'1 an a constaté un risque de fracture du col du fémur multiplié par 2,6

​Enfants : prudence !
Les effets à long terme des IPP sont encore mal connus. Or les enfants constituent leur capital osseux entre 0 et 20 ans. Il convient donc d'être très prudent et de limiter autant que possible les prescriptions d'IPP.

 

La prise d'IPP est associée à une augmentation du risque de néphrite intestitielle aiguë, une pathologie des reins pouvant mener à un insuffisance rénale.
La formule le plus souvent impliquée est l'oméprazole.

 

La forte baisse de l'acidité naturelle de l'estomac entraîne une modification de la flore gastro-oesophagienne et une augmentation des nitrates gastriques. 
Cela peut provoquer :

 

Les IPP augmentent le risque d'infarctus du myoarde.

  • chez les patients ayant des antécédents de coronaropathie : augmentation du risque de thrombose et d'infarctus du myocarde à cause de la baisse de l'action anti-agrégante antiplaquettaire de l'aspirine et du clopidogrel.
  • chez les patients sans antécédents de maladie cardiovasculaire : inhibition de l'activité d'une enzyme indispensable à la santé cardiovasculaire (la DDAH : diméthyllargininase), risque d'infarctus du myocarde : + 16%, risque de mortalité cardiovasculaire : multiplié par 2

 

La diminution de l'acidité gastrique naturelle empêche l'absorption du magnésium, de la vitamine B12 et du zinc.

  • déficit en vitamine B12 + hypomagnésémie chez 65% des patients. 
    La carence en magnésium persiste même avec une supplémentation, mais disparaît 2  semaines après l'arrêt de la prise d'IPP.
  • forte baisse des stocks de zinc.

 

Toutes causes confondues, les patients sous IPP ont un risque de mort prématurée accru de 25% dans les 5 années suivant la prise.
Les personnes ayant pris des IPP pendant 2 ans ont un risque de mort prématurée accru de 50%.

C'est ce qu'ont démontré le Dr Ziyad Al-Aly et son équipe de l'école de médecine de Washington : ils ont comparé sur 2 ans (octobre 2006 - septembre 2008) 275 000 personnes prenant des IPP avec 75 000 personnes prenant un autre type de médicament contre les brûlures d'estomac.
Ils ont d'autre part analysé les données médicales de plus de 3 000 000 de personnes n'ayant pas pris d'IPP.

 

Que faire alors en cas de brûlures d'estomac ?

Le bicarbonate de soude : solution naturelle et sans danger.
Anti-acide naturel, très efficace, sans effets secondaires.
Voir notre article sur le sujet.

Si vos maux d'estomac sont fréquents, voire permanents, il faut en trouver la cause.
Intolérance alimentaire ?
Stress ?
Prenez le temps de vous interroger sur ce qui déclenche vos douleurs.

Si votre médecin vous prescrit des IPP, limitez leur prise à la durée recommandée.
Pas d'automédication, même s'il vous reste des comprimés à la fin d'un traitement.

 

Études scientifiques à l'origine de ces résultats 

Michael Howell, de la Harvard Medical School, à Boston, a analysé les diagnostics de sortie de séjours hospitaliers de 101 796 patients 

Amy Linsky, du Boston Medical Center, s’est intéressé à Clostridium difficile et a analysé les données de 1 200 patients avec des infections d’origines différentes

Shelly L. Gray, de l’Université de Washington, a étudié les dossiers de 161 806 participantes à la Women Health Initiative âgées de 50 à 79 ans à la recherche d'un lien entre IPP et fractures.

C. Bourne, B. Charpiat, N. Charhon : Effets indésirables émergents des inhibiteurs de la pompe à protons. Presse Med 2013

L’Université de Buffalo a effectué une étude sur 240 000 patients pendant 17 ans

Des chercheurs de la Stanford University, en Californie ont passé en revue plus de 16 millions de documents cliniques portant sur 2,9 millions de personnes, en utilisant une nouvelle approche d'extraction de données cliniques de pharmacovigilance.

Ziyad Al-Aly​ et son équipe, de l'école de médecine de Washington, ont comparé plus de 275 000 personnes qui ont reçu une prescription d'IPP entre octobre 2006 et septembre 2008 avec près de 75 000 personnes qui ont reçu un autre type de médicament contre les brûlures d'estomac. Ils ont par ailleurs analysé les données de plus de 3 millions de personnes qui n'ont pas pris d'IPP.

 

Articles sources

Commonly used reflux and ulcer medication may cause serious kidney damage - American Society of Nephrology - EurekAlert !

Risk of death among users of Proton Pump Inhibitors : a longitudinal observational cohort study of United States veterans - Yan Xie, Benjamin Bowe, Tingting Li, Hong Xian, Yan Yan, Ziyad Al-Aly - BMJ Open

 

Crédit photo : Human stomach anatomy - Nerthuz - Shutterstock.com

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