Blennorragie chez la femme

Introduction

Maladie vénérienne contagieuse due à un genre de bactérie appartenant à la famille des Neisseriaceœ qui comprend essentiellement les espèces gonorrhoeae et meningitidis. Ces bactéries sont mises en évidence par la coloration gram-.

Epidémiologie

Cette infection est transmissible par contact direct des muqueuses génitales. L'hôte habituel de Neisseria gonorrhoeae est l'Homme. Dans certains pays industrialisés comme les USA, environ 5 à 6 % de la population ont été infectés. Dans d'autres pays comme la Suède, l'épidémie a été moins importante. En effet, dans ces pays, la transmission à l'intérieur même du pays (endémie) a été pratiquement enrayée. De nombreux facteurs conditionnent l'incidence de cette infection : la race, le sexe, le niveau socio-économique, le statut marital, la vie urbaine ou pas, le degré d'instruction, les comportements sexuels, l'accessibilité aux soins, l'âge. Ainsi, le risque de contracter une infection par gonocoque est plus importante pour un adolescent ou un adulte jeune démuni, dont le niveau d'éducation est bas et qui vit seul. Cette infection est le plus souvent propagée par des individus porteurs de ces bactéries mais sans symptômes (asymptomatiques). Il est possible de dépister les femmes contaminées grâce à des prélèvements que l'on effectue au niveau du col de l'utérus. Il existe certaines conditions (prison, centres de détention juvénile, centres de désintoxication, toxicomanie) où le nombre des infections est plus important et où les tests de dépistage devraient être effectués. Mais le dépistage en routine à partir des prélèvements cervicaux (du col de l'utérus) coûte cher. Dans tous les cas, il est très important d'identifier les partenaires sexuels les plus récents, de façon à pouvoir les examiner et les traiter quand ils sont infectés. Des études effectuées à la fin des années 1990 ont montré que la présence du gonocoque facilite l'infection par le VIH. De plus, les prostituées qui sont infectées par le virus de l'immunodéficience humaine ont une probabilité plus importante de survenue de complications à type de salpingite (inflammation des trompes).

Historique

Il s'agit de la plus ancienne des maladies vénériennes connues se transmettant lors des rapports sexuels génitaux et buccaux. La mère peut également infecter son enfant lors de l'accouchement C'est Neisser qui a découvert le gonocoque.

Physiopathologie

Pour les spécialistes : Neisseriaceœ est une famille de bactéries qui comprend des coccobacilles Gramimmobiles et notamment les genres Neisseria, Moraxella (ou Brahamella) et Acineto-bacter. Ces bactéries apparaissent sous la forme d'une double coque dont les bords sont adjacents et aplatis. Neisseria gonorrhoeae forme des colonies oxydase positives. Il est possible de les distinguer des autres Neisseria par la capacité qu'elles ont à métaboliser le glucose et non le maltose, le galactose ou le saccharose. Quand Neisseria gonorrhoeae possède un pilus, la bactérie s'attache aux cellules épithéliales et empêche la phagocytose (digestion par les polynucléaires, variété de globules blancs). C'est la raison pour laquelle une infection par une bactérie possédant un pilus est à l'origine d'urétrite (inflammation l'urètre, canal transportant l'urine de la vessie vers l'extérieur). Les bactéries ne possédant pas de pilus ne déclenche pas d'urétrite. Le fait que le gonocoque possède ou pas un pilus provient de sa transformation génétique. Après une exposition unique par le gonocoque, 1/3 des hommes est infecté. Pour les spécialistes : il faut un inoculum de 103 germes pour obtenir une infection de l'urètre chez la moitié des individus qui se sont portés volontaires pour être infectés expérimentalement.

Symptômes

Chez la femme, après une période d'incubation (période comprise entre la contamination et la survenue des premiers symptômes de la maladie) de 2 à 10 jours (parfois plus), apparaissent :
  • Soit aucun symptôme : ils sont souvent masqués et la blennorragie se déclare sous forme de leucorrhées (pertes blanches) et d'inflammation locale à type de cystite (inflammation de la vessie).
  • Une dysurie (difficulté à uriner).
  • Des leucorrhées (écoulement jaune crémeux) consécutives à une inflammation de l'intérieur du col de l'utérus s'accompagnant de pus : on parle plus vulgairement de pertes vaginales.
  • Des hémorragies menstruelles anormales (règles anormales) dues à l'inflammation de l'endomètre (couche de cellules recouvrant l'intérieur de l'utérus).
  • Des douleurs de l'anus et du rectum.
  • Des saignement du col de l'utérus.
  • Des douleurs abdominales.
  • Les rapports sexuels sont douloureux.
  • Labo

    C'est la mise en évidence des gonocoques sur les frottis (prélèvements, voir ci-après) effectués chez la femme qui permet le diagnostic de cette pathologie. Un frottis est le résultat de l'étalement d'une goutte de liquide prélevée par écouvillonnage (instrument pour effectuer les prélèvements) puis étalée sur une lame de verre et qui est examinée au microscope. Chez la femme, les prélèvements sont effectués au niveau du vagin, de l'endocol, de l'urètre, de l'anus et du pharynx. L'hémoculture (culture en laboratoire de prélèvement sanguin afin de mettre en évidence des germes) est habituellement négative. Les analyses de sang montrent une hyperleucocytose (élévation du nombre de globules blancs dans le sang) et une augmentation de la vitesse sédimentation. On assiste également à une augmentation de la protéine C. réactive. Il s'agit d'une protéine du sang synthétisée par le foie après la pénétration dans le sang d'un antigène. Son apparition dans le plasma sanguin (partie liquide du sang) s'effectue immédiatement après l'introduction d'un antigène dans l'organisme et disparaît plus tard lors de la formation des anticorps. Quand il existe une surinfection surajoutée par un autre germe, plus spécifiquement par Chlamydia trachomatis, le risque d'apparition d'une salpingite chronique est plus élevé. Chez la femme enceinte, l'infection par le gonocoque au niveau de l'endocol (partie intérieure du col de l'utérus) semble être responsable à l'approche de l'accouchement d'une rupture prématurée des membranes (membranes de protection et de recouvrement du fœtus contenant le liquide amniotique). Cette pathologie peut alors être à l'origine d'une prématurité et d'une endométriose (inflammation de l'endomètre) du post-partum, c'est-à-dire survenant après l'accouchement. Dans ce cas, le traitement fait appel à la ceftriaxone (d'après un essai clinique randomisé et comparant une dose unique de ceftriaxone avec une dose unique de placebo donnée entre le 28e et la 34e semaine de gestation chez les femmes de Nairobi).

    Evolution

    Certaines patientes présentent une infection et une inflammation des trompes de Fallope (canal allant de l'ovaire jusqu'à l'utérus) correspondant une salpingite aiguë chez environ 15 % d'entre elles. Ceci est la complication majeure de l'infection par gonocoque chez la femme, elle se traduit par des douleurs du bassin. Chez quelques patientes, la salpingite se traduit par une fièvre et des anomalies biologiques (voir ci-après : le labo). La vulvovaginite de la fillette se traduit par un érythème (rougeur), un oedème de la vulve et des pertes vaginales contenant du pus. L'infection est due à la transmission par le contact direct avec des objets souillés (gant de toilette, serviette, etc...), son traitement nécessite l'utilisation de benzylpénicilline ou d'ampicilline. Le rhumatisme blennorragique et arthrite gonococcique sont les complications à distance les plus fréquentes. Environ chez 1 malade sur 4, le gonocoque est mis en évidence dans le liquide de l'articulation enflammée et les manifestations articulaires (douleurs, gonflement, nombre d'articulations touchées) apparaissant 1 à 3 semaines après l'urétrite aiguë. Chez certaines malades, cette période peut s'étendre sur plusieurs mois. Les différentes formes d'atteinte articulaire sont : l'arthralgie simple (douleurs articulaires fugaces, survenant essentiellement la nuit), une inflammation articulaire ne touchant que les petites articulations, l'inflammation peut ne toucher qu'une seule articulation qui peut paraître ankylosée. La ténosynovite (inflammation de la gaine et du liquide synovial) atteint essentiellement la main et plus spécifiquement le dos de la main et/ou du pied ; elle est quelquefois la seule manifestation de cette pathologie. On observe chez quelques patientes une extension de l'infection vers le bassin, à l'origine de pelvipéritonite (inflammation du péritoine) s'accompagnant de nausées voire de vomissements et susceptible d'être à l'origine d'un abcès du bassin. En l'absence de traitement, cette infection peut conduire à une stérilité dans presque tous les cas de salpingites à gonocoque. À l'opposé, un traitement antibiotique adapté et précoce mis en place avant la formation d'abcès et d'autres complications, permet de restaurer un fonctionnement normal des trompes de Fallope. En dehors de la stérilité, il faut également citer la possibilité de survenue d'une péri-hépatite (syndrome de Fitz-Hugh-Curtis) s'accompagnant de douleurs qui irradient dans les régions de voisinage, de contractures des muscles de l'abdomen et d'une légère hyperthermie (fièvre). L'évolution de cette pathologie peut se faire vers une cholécystite (inflammation de la vésicule biliaire). Le pronostic au niveau du foie est bon. Gonococcie cutanée se traduisant par l'apparition de papules (croûtes de pus) de couleur rouge généralement associées à des ganglions hypertrophiés (augmentés de volume) de l'aine. Endocardite infectieuse (inflammation de la couche de cellules de protection recouvrant l'intérieur du cœur). Cette pathologie se voit rarement. Kératodermie : complication rare susceptible de s'accompagner d'une arthrite (inflammation des articulations) touchant essentiellement la plante des pieds. Chez les sujets immunodéprimés, il est possible de voir survenir (rarement) une septicémie ou une méningite (inflammation des méninges : membranes de recouvrement et de protection du système nerveux central).

    Diagnostic differentiel

    Diagnostic différentiel (il ne faut pas confondre cette affection avec) :
  • Une infection urinaire.
  • En effet, autant chez l'homme un écoulement de pus par l'urètre fait penser à la blennorragie, autant chez la femme ce n'est pas le cas. C'est la raison pour laquelle une femme jeune présentant des difficultés urinaires doit subir un examen gynécologique. C'est ainsi que la compression de l'urètre à travers la paroi du vagin située en avant fait quelquefois sourdre (sortir) un écoulement par l'orifice de l'urètre. Le liquide est alors examinable au microscope après une coloration de Gram et une mise en culture.
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  • Autres diagnostics différentiels : infection à Chlamydia, à trichomonase, à Gardnerella ou à candida.