Antigène (généralités)

Introduction

Substance étrangère à un organisme (c'est-à-dire que l'organisme ne possède pas habituellement) et provoquant chez celui-ci la constitution d'un anticorps. L'antigène peut se combiner avec cet anticorps spécifique grâce à la présence de sites antigéniques.

Historique

De nombreux chercheurs se sont intéressés aux antigènes, plus particulièrement à l'antigène Australia. Il s'agit (entre autres) de:
  • Blumberg en 1967
  • Price en 1968
  • Alméida en 1971
  • Magnius en 1975
  • Maupas de Tours en 1975
  • Classification

    On distingue de nombreux antigènes dont les plus connus sont (liste non exhaustive) :

    L'antigène Australia ou australie, appelé également antigène SH (de Serum Hepatitis) ou Ag HBs (en anglais : Australia antigen ou HBs Ag) découvert en 1964 par B. S. Blumberg chez un Australien appartenant à l'ethnie aborigène.
    Cette variété d'antigène a été découverte dans la partie liquidienne du sang (le sérum) d'individus souffrant d'hépatite mais aussi d'autres individus non malades, essentiellement ceux ayant reçu un grand nombre de transfusions sanguines ou soumis à des dialyses rénales ou à des traitements spécifiques comme les immuno-dépresseurs (médicaments destinés à diminuer les capacités naturelles de défense de l'organisme).
    L'antigène Australia correspond au virus à ADN de l'hépatite B (HBV ou virus B ou HB). Grâce à l'utilisation du microscope électronique, il est possible de connaître avec exactitude la constitution de ce type d'antigène qui apparaît sous la forme d'une cocarde que l'on appelle les particules de Dane. Il s'agit de la totalité des virus B appelés virions. Il peut également apparaître sous la forme de petites sphères ou de petits tubes correspondant à des fragments de l'enveloppe du virus lui-même.

    Le virus de l'hépatite B est constitué de trois antigènes :
    • l'antigène HBs, s désignant la surface.
    • l'antigène HBc : la lettre c désigne le terme core (noyau en anglais) et qui est localisé au centre de la particule de Dane (pour les spécialistes : dans la nucléocapside, c'est-à-dire l'enveloppe du noyau et l'acide nucléique du virus). Cet antigène donne des ordres pour la multiplication du virus dont le meilleur témoin est la présence de son anticorps appelé anticorps HBc apparaissant dans le sérum à la convalescence de l'hépatite aiguë.
    • l'antigène e appelé Ag e ou Ag HB e. La lettre e désigne le mot anglais early qui signifie précoce, sa quantité est toujours associée à un pouvoir infectieux. L'apparition des anticorps anti Hbe signe une évolution favorable de l'hépatite.
    Les individus susceptibles de transmettre l'hépatite B sont dépistés grâce à l'antigène Australie marqueur du virus. Sa découverte a permis également la fabrication d'un vaccin contre cette maladie.
    La présence de l'antigène Australia permet également de mettre en évidence, chez certains sujets, d'autres types d'affections que l'hépatite B : la glomérulonéphrite, l'acrodermatite de Gianotti et Crosti, la périartérite noueuse et d'autres pathologies à l'origine de perturbations immunologiques.

    L'antigène CA (en anglais carbohydrate antigen) désigne de multiples antigènes employés pour marquer les tumeurs (marqueurs tumoraux : un marqueur est une substance chimique utilisée pour analyser un phénomène, une maladie ou une autre substance. On parle également de traceur). En fait, ils sont utilisés essentiellement pour la surveillance de l'évolution plus que pour le dépistage, car ils manquent de sensibilité ou de spécificité vis-à-vis de chaque organe.

    L'antigène CA 15.3 (en anglais CA 15.3 antigen) est un antigène associé aux cancers du sein, dont le taux sanguin normal est inférieur à 30 U/mL.

    L'antigène CA 19.9 : antigène associé aux cancers du pancréas, du côlon, du rectum et de l'estomac. Il est utilisé dans la surveillance de ces tumeurs, dont il n'est pas spécifique. Son taux sanguin normal est inférieur à 40 unités par ml.

    L'antigène CA 50 : antigène des cancers du côlon, du rectum et du pancréas. Comme l'antigène CA 19.9, il est utilisé pour la surveillance de ces tumeurs mais ne possède pas de spécificité. Son taux sanguin normal est inférieur à 23 unités par ml.

    L'antigène CA 72,4 : antigène des cancers digestifs, ovariens et thyroïdiens, utilisable également dans les tumeurs dont il est relativement spécifique. Son taux sanguin normal est inférieur à 6 unités par ml.

    L'antigène CA 15,3 : antigène de nature glycoprotéinique (sucre associé à une protéine) retrouvé dans les cancers du sein. N'étant pas rigoureusement spécifique, il est utilisable pour la surveillance de ces tumeurs. Son taux sanguin normal est inférieur à 30 unités par ml.

    L'antigène CA 125 : antigène du cancer de l'ovaire et de l'endométriose.

    L'antigène carcino-embryonnaire (ACE) ou antigène fœtal : marqueur peu spécifique, qui est utilisé pour la surveillance des cancers du côlon et du rectum. Son taux normal est inférieur à 2,5 nanogrammes par ml. Cette variété de glycoprotéines, qui normalement existe seulement chez l'embryon, est retrouvée chez l'adulte dans de nombreux cancers, permettant ainsi leur diagnostic. La plus étudiée d'entre elles est l'alpha-fœto-protéine (élément synthétisé - fabriqué - par le sang du fœtus, et devant normalement disparaître 2 semaines après la naissance). Les alpha-fœto-protéines se rencontrent également au cours du premier trimestre de la grossesse. Leur taux doit normalement diminuer lentement par la suite.

    L'antigène carcinoembryonnaire est un élément contenu normalement dans l'organisme, constitué d'une protéine et d'un sucre. Marqueur des tumeurs, peu spécifique, il est utilisé pour la surveillance des cancers, particulièrement du côlon et du rectum. Son taux dans le sang est normalement inférieur à 2,5 ng (nanogrammes) par ml.

    L'antigène érythrocytaire (en anglais blood-group antigen) est un antigène présent dans les hématies (globules rouges), les globules blancs (leucocytes) et d'autres tissus appartenant à l'organisme. On a décrit plus de 130 antigènes érythrocytaires et uniquement deux sont utilisés en pratique. Il s'agit de l'antigène érythrocytaire A et l'antigène érythrocytaire B. Leur présence ou leur absence caractérise les groupes sanguins et l'incompatibilité sanguine et tissulaire.

    Physiologie

    Les antigènes sont des corps vivants ou morts, c'est-à-dire des cellules provenant d'un tissu, d'une cellule (un des constituants du tissu) ou une bactérie.
    Il peut s'agir également de toxines ou de sécrétions provenant des cellules elles-mêmes.

    Les antigènes sont constitués de grosses molécules, le plus souvent de nature protéique (constituées de protéines) mais pas uniquement. Ainsi, certains constituants antigéniques sont de nature glucidique (sucre), nucléique (ADN, ARN), lipidique (corps gras) mais toujours associés à des protéines.

    L'antigène, généralement de poids moléculaire > 10 000, est constitué de deux éléments : une substance protéique et un haptène. Le terme d'haptène désigne également les antigènes incomplets.
    L'antigène protecteur de la fraction d'un micro-organisme provoque une réponse immunologique, ce qui aboutit une résistance acquise à long terme. Ce n'est pas la totalité de l'antigène qui est à l'origine de toute la réponse immunologique mais uniquement certains de ses constituants dont le rappel détermine les capacités immunologiques de l'individu correspondant à une résistance acquise.
    Certains allergènes sont à l'origine d'une réaction allergique par stimulation et production d'immunoglobulines appelées anticorps de type E (IgE). Il s'agit d'allergènes dont l'origine peut être très diverse : un pollen, un produit chimique, une molécule toxique, un venin d'abeille, etc...
    Se pose également la problématique des maladies auto-immunes au cours desquelles un antigène n'est plus considéré comme une substance étrangère à l'organisme mais comme un élément faisant partie intégrante de celui-ci mais que celui-ci ne reconnaît plus comme lui appartenant.

    Physiopathologie

    Que se passe-t-il quand un antigène pénètre dans l'organisme ?

    On constate dans un premier temps une stimulationn des mécanismes d'immunité que l'on nomme stimulation non sélective. Les cellules phagocytaires, c'est-à-dire les lymphocytes T, les macrophages, les polynucléaires neutrophiles et les monocytes ainsi que les cellules cytotoxiques qui sont localisées dans l'épiderme (couche de cellules la plus superficielle de la peau) et les muqueuses (couche de cellules recouvrant l'intérieur des organes creux comme la bouche entre autres) sont les premières barrières de défense à passer.
    À ce moment-là, si l'antigène n'est pas éliminé, se mettent en place des mécanismes d'immunité, et plus spécifiquement une opposition à une autre variété de globules blancs : les lymphocytes, qui sont des globules blancs participant à l'immunité cellulaire et dont la particularité est de reconnaître certains antigènes spécifiques. Les lymphocytes B, qui possèdent des anticorps de surface, ont la capacité de reconnaître immédiatement l'antigène. Les lymphocytes T, quant à eux, nécessitent d'autres cellules appartenant également au système immunitaire (les macrophages ou les lymphocytes B) pour reconnaître cet antigène.
    Enfin, l'antigène sera éliminé en faisant intervenir le complément, qui est constitué d'un système de protéines ayant des capacités enzymatiques et qui participe à la destruction des antigènes. D'autres cellules sont également susceptibles d'intervenir : il s'agit des cellules phagocytaires (cellules permettant de digérer des corps étrangers).