Typhoïde paratyphoïdes (fièvres)

Terme issu du grec tuphos : stupeur et eidos: forme.

Terme désignant ce qui ressemble au typhus. Plus spécifiquement il s'agit d'une affection se caractérisant par un ensemble de symptômes qui rappellent ceux du typhus.
La typhoïde plus généralement appelée fièvre typhoïde est une septicémie provoquée par une bactérie (Salmonella typhi ou bacille d'Eberth) mis en évidence par la coloration gram-négatif. Cette bactérie qui fait partie des Enterobacteriaceae entraîne une fièvre accompagnée d'une prostration, de douleurs abdominales et d'une éruption coloration de rosée. Le diagnostic n'est pas toujours fait facilement, en effet celui-ci est retardé car les symptômes évoquent quelquefois une autre affection (urinaire entre autres).

La fièvre typhoïde est particulièrement présente en Afrique, en Asie et en Amérique du Sud. Néanmoins on retrouve quelques cas disparates dans les pays industrialisés où elles ont généralement pour origine la consommation de fruits de mer. Si l'on prend comme exemple les États-Unis, environ 500 cas de fièvre typhoïde ont été signalés chaque année. Il peut s'agir également d'un voyageur contaminé retour d'un pays où sévit une épidémie.

Les agents pathogènes de la fièvre paratyphoïde sont les bacilles :

Salmonella paratyphi A
Salmonella paratyphi B (Salmonella schottmuelleri)
Salmonella paratyphi C (Salmonella hirschfeldii)

De façon générale les salmonelles se transmettent par ingestion d'eau potable contaminée par les selles de sujets qui sont infectés eux-mêmes par des aliments contaminés tels que les légumes crus, le beurre, le lait, les glaces et les pâtisseries qui sont préparées avec de la crème (fièvre paratyphoïde). Quelquefois il s'agit d'une contamination par des viandes dans le cas de la fièvre paratyphoïde C.
Dans certains pays les engrais humains constituent une source de contamination des légumes qui à leur tour contaminent les êtres humains.
Les mollusques sont quelquefois à l'origine d'infection (ils sont susceptibles de concentrer les salmonelles de l'eau de mer polluée par les égouts).
La transmission entre personnes est également possible. Le réservoir du germe de la typhoïde et de la paratyphoïde est l'homme.

Transmission
La transmission du germe se fait par l'intermédiaire de l'eau de boisson ou d'aliments souillés par des excréments humains qui ont été infecté. C'est ainsi que sa propagation est consécutive à un manque d'hygiène évident. En effet les bacilles typhiques sont sécrétés dans les excréments d'individus qui ne présentent pas les signes de la maladie (asymptomatique) ou encore dans les selles ou les urines de malades qui eux-mêmes présentent les signes de la maladie .
Il est facile de comprendre que l'usage domestique des eaux contaminées (contamination la plus fréquente) ainsi que l'absorption d'aliments lavés dans cette eau peuvent contribuer à la contamination par Salmonella typhi.
Les mouches sont également susceptibles de transporter les salmonelles à partir des excréments vers les aliments.
Occasionnellement la contamination peut se faire par contact direct c'est-à-dire par voie anobuccale essentiellement chez l'enfant mais aussi chez les homosexuels.
Enfin, il a été décrit entre autres des contaminations en milieu hospitalier où le personnel soignant se contamine par les draps souillés de patients infectés.
Une fois que les bactéries sont absorbées elles passent à travers la muqueuse intestinale (couche de cellules recouvrant l'intérieur de l'intestin) puis se multiplient dans les ganglions lymphatiques à partir desquels elles gagnent ensuite la circulation sanguine déclenchant ainsi une septicémie (multiplication importante des bactéries dans le sang). Pour les spécialistes on assiste fréquemment à une inflammation des monocytes dans le iléon et le colon à l'intérieur même de la lamina propria et des plaques de Peyer où se développe localement à l'origine d'une nécrose des tissus ou de la muqueuse, d'hémorragie de perforation de l'intestin dans les cas les plus sévères (voir évolution).

Symptômes
La phase d'incubation qui correspond à la période silencieuse pendant laquelle se développe dans l'organisme les germes à l'origine d'une maladie qui ne se manifeste pas encore par des symptômes, est silencieuse et dure environ 7 à chiffre 15 jours. Cette période se situe entre la contamination (contact avec le germe : contagion) et l'apparition des premiers symptômes de cette maladie (invasion).

Apparaît ensuite une fièvre qui est progressivement croissante survenant par paliers tout particulièrement quand aucun traitement n'est mis en oeuvre. Cette hyperthermie reste élevée habituellement aux alentours de 39,540 °C pendant 10 à 14 jours. Elle commencen ensuite à baisser progressivement vers le 20e jour puis redevient normale à la quatrième semaine.

Des arthralgies (douleurs articulaires)
Une pharyngite (inflammation du pharynx)
Une constipation au début puis une diarrhée de coloration jaune ocre ou verdâtre par la suite.
Une anorexie (perte de l'appétit)
De douleurs abdominales spontanées et à la palpation de l'abdomen par le médecin
Chez environ 10 % des patients on voit apparaître des lésions cutanées discrètes de coloration rose qui s'effacent à la vitropression (à l'application d'un verre de montre ou d'un morceau de plastique transparent par exemple). Il s'agit de taches rosées qui apparaissent par poussée essentiellement sur l'abdomen et le thorax pendant la deuxième semaine de la maladie et qui disparaissent ensuite en 3 à 6 jours.
Des troubles nerveux se caractérisant par une insomnie, des céphalées (maux de tête), des vertiges
Une diarrhée apparaît dés la deuxième semaine, elle est accompagnée par...
Une hyperthermie (fièvre) importante se situant entre 39 et 40 °C et d'un...
Tuphos correspondant à un état de prostration et de délire, stupeur, coma dans les cas les plus graves. Quelquefois une fièvre prolongée s'accompagne d'une bradycardie (diminution du rythme cardiaque)
Une dysurie (difficulté à uriner)
Une toux sèche rarement
Une épistaxis plus rarement
La palpation du patient montre dans certains cas une splénomégalie (augmentation du volume de la rate) qui est alors palpable le plus souvent.
Une hépatomégalie (augmentation du volume du foie) est également présente discrètement.
Chez certains individus dont la peau est claire il est possible d'observer des taches rosées de forme lenticulaire à peine saillantes qui s'effacent à la Vitropression (quand on applique d'un morceau de verre ou de plastique transparent dessus) ces taches à peine visible se situent sur le thorax et l'abdomen.
On peut également observer une angine de Duguet correspondant à de petites ulcérations de forme ovalaires fugaces situées sur les piliers de la voûte (au fond de la bouche).
Le patient émet des urines foncées généralement peu abondantes.
La langue apparaît sèche et rouge on parle de langue rôtie.

Évolution
Environ 3 % des patients qui ne sont pas traités éliminent des Salmonella typhi dans les excréments pendant une période supérieure à un an (on appelle ces individus des porteurs chroniques)

La gravité de la typhoïde est en relation directe avec le risque de libération dans le sang circulant d'endotoxines bactériennes qui sont des toxines contenues à l'intérieur d'une variété de bactéries dites gram - (du nom de la méthode qui permet de colorer les bactéries afin de mieux les voir au microscope). Ces bactéries ne libèrent pas leurs endotoxines quand elles sont mises en culture au laboratoire. Certains lipides (corps gras), appelés les lipides A, provoquent un choc de l'organisme lors de la pénétration de ces bactéries. On parle de choc endotoxique. Ces endotoxines peuvent être à l'origine, à stade tardif de la maladie lorsque les lésions intestinales prédominent de diarrhées est très importantes quelquefois accompagnées de sang visible dans 10 % à l'œil nu (macroscopique) et dans 20 % seulement au microscope (microscopique.

Collapsus cardio-vasculaire (insuffisance de remplissage des vaisseaux et du cœur par le sang)

De complications digestives graves à type de perforation (1 à 2 % des patients) et d'hémorragies intestinales (pendant la troisième semaine de la maladie s'accompagnant d'un taux de mortalité d'environ 25 %)

Chez quelques patients on assiste à une pneumonie durant la deuxième et la troisième semaine de la maladie, secondaire à une infection par pneumocoque. Il faut signaler que Salmonella typhi peut éventuellement être à l'origine d'un envahissement du tissu pulmonaire par infiltration

Complications neurologiques telles qu'une encéphalite correspondant à l'inflammation des tissus nerveux contenus dans la boîte crânienne

Prolifération intrahépatique (dans le foie) des bactéries à l'origine quelquefois d'abcès. On a décrit également des hépatites aiguë.

Atteinte de la vésicule biliaire correspondant à une cholécystite (inflammation) plus rarement.

La présence de bactéries dans le sang entraîne quelquefois des infections osseuses (ostéomyélite), du myocarde (muscles du cœur) à type de myocardite (inflammation de ce tissu), de méningite (inflammation des méninges), de glomérulonéphrite (inflammation des zones de filtration du rein : les glomérules) et enfin de l'appareil urinaire et génital.

Le nombre des cancers du foie et de la vésicule biliaire est plus important chez les porteurs de Salmonella typhi que dans le restant de la population.

La convalescence est quelquefois très longue (quelques mois) et la fréquence des rechutes est d'environ 5 %.

Les porteurs de la maladie doivent être déclarés au service de santé. Bien entendu la manipulation des aliments est interdite tout particulièrement par certaines professions (cuisinier).

Le labo
L'hémoculture (culture de cellules sanguines) et la coproculture généralement positive dés la troisième à la cinquième semaine de l'infection (études effectuées à partir des selles) permettent de poser le diagnostic. Le but de l'hémoculture est d'identifier les germes responsables (bactéries) et donc de mettre en évidence les antibiotiques actifs contre ces germes. Pour cela, les microbes sont mis dans un milieu de culture adapté à leur croissance. L'antibiogramme, élaboré à la suite des résultats de l'hémoculture, est un tableau indiquant le degré de sensibilité du germe aux différents antibiotiques. La culture peut également se faire sur de la moelle osseuse pendant les deux premières semaines de la maladie à partir des urines.
Le germe peut également être mis en évidence à partir d'un prélèvement de cellules hépatiques ou d'un prélèvement dans une tache de coloration rosée (voir ci-dessus). Le sérodiagnostic de Widal et Félix permet de mettre en évidence la typhoïde à partir de la deuxième semaine d'infection, néanmoins il manque de spécificité car il peut être positif pour d'autres souches de Salmonella non typhiques.
Le laboratoire découvre assez fréquemment également :

Une leucopénie (baisse du taux des globules blancs) mais également une hyperleucocytose (élévation des globules blancs) pendant la troisième semaine de la maladie pouvant indiquer une perforation
Une anémie
Une perturbation des cellules hépatiques
La présence de protéines dans les urines
Des troubles de la coagulation sanguine modérée

Diagnostic différentiel (il ne faut pas confondre cette maladie avec) :

Une infection pulmonaire d'origine virale
La tularémie
La leptospirose
La rickettsiose
Le paludisme
La brucellose
L'hépatite infectieuse
Une infection à yersinia
La psittacose
Le lymphome

Traitement
Il utilise des antibiotiques adaptés à l'infection (ceftriaxone et céfopérazone ( pendant une durée allant de 1 à 2 semaines. Néanmoins pour une raison encore inexpliquée l'utilisation des antibiotiques au départ de l'infection fait réapparaître la fièvre dans 15 à 20 % des cas.
Un autre antibiotique, le chloramphénicol est encore très utilisé à travers le monde mais il se produit une résistance de plus en plus importante
Les quinolones sont quelquefois utiles en entretien par voie orale (sous forme de comprimée). C'est le cas de la ciprofloxacine. Les quinolones ne doit pas être donné aux enfants avant la puberté.
Certaines équipes médicales utilisent les corticoïdes (cortisone) associées aux antibiotiques sous forme de prednisone généralement pendant les premiers jours du traitement. La dexaméthasone est utilisée également chez les patients présentant des troubles neurologiques graves à type de confusion mentale et de coma. Le reste du traitement est dépendent des symptômes que présente le malade et de la gravité de l'affection. Ainsi il est quelquefois nécessaire de mettre en place une réhydratation (perfusions).
Le traitement dépend également des complications. En cas de perforation intestinale associée avec une péritonite il est nécessaire de mettre en place des antibiotiques à spectre large (agissant une grande variété germe).
En cas de rechute le traitement par antibiotique est le même qu'au début de la maladie.

Dépistage et prévention
Celui des porteurs sains c'est-à-dire correspondant aux individus ayant dans l'organisme le bacille d'Eberth sans que celui-ci n'entraîne de pathologie. Il doit être fait dans l'entourage du malade afin d'éviter une dissémination de l'infection. Il est nécessaire d'utiliser de l'eau potable de l'eau purifiée (adjonction de chlore) de l'eau bouillie, ainsi qu'un dispositif d'évacuation des eaux usées (égouts). La pasteurisation du lait est incontournable, l'isolement des malades également. Les voyageurs doivent éviter de consommer des aliments crus essentiellement dans les pays endémiques et de manger de la nourriture servie à une température ambiante.

Il existe un vaccin oral vivant atténué contre la typhoïde (à partir des souches T. y. 21 a). Son efficacité est évaluée à 70 % et son administration se fait quotidiennement avec un total de 4 doses. Néanmoins ce vaccin est contre-indiqué chez les immunodéprimés et chez les enfants en dessous de six ans. Il existe un autre vaccin monodose polyosidique capsulaire V i qui a une efficacité autour de 65 à 75 % et sa tolérance est bonne. Son administration se fait en une seule fois par voie intramusculaire.

Pendant la convalescence il est nécessaire d'effectuer des coprocultures (culture des selles) a une semaine d'intervalle. Elles doivent-elles négatives afin d'exclure la possibilité pour un individu de transporter (portage) et de transmettre (contamination) le germe.