Terme issu du latin tortum collum : cou tordu.
Torsion s'accompagnant d'une contraction-rétraction des tissus mous (muscles en particulier) de la région cervicale (cou). Ce terme désigne également les positions anormales (vicieuses) de la tête. Dans les deux cas, la tête est penchée sur le côté.
Tous les torticolis ne sont pas bénins et certains d'entre eux relèvent d'une affection grave qu'il importe de découvrir au plus tôt en faisant passer au patient, et tout particulièrement quand c'est un enfant, des examens radiologiques, biologiques et neurologiques.
On distingue plusieurs variétés de torticolis (liste non exhaustive) :
Le torticolis musculaire ou torticolis « tout court » est le torticolis le plus connu. On l'appelle également torticolis musculaire permanent. Il est dû à la rétraction du muscle sternomastoïdien (muscle s'insérant par l'une de ses extrémités sur le sternum, et par l'autre sur la mastoïde, os situé à proximité de l'oreille).
Le torticolis auriculaire de Gellé est un torticolis secondaire à l'irritation du muscle sternomastoïdien (voir ci-dessus) due à une lésion de l'oreille (comme une otite suppurée).
Le torticolis naso-pharyngien ou maladie de Grisel se caractérise par un début brusque et par une atteinte de la première vertèbre cervicale (atlas) qui se trouve en position de luxation associée à une rotation (les surfaces articulaires de la vertèbre ne correspondent plus : absence de congruence articulaire). Cette anomalie des surfaces articulaires est secondaire à une contracture des muscles situés près des vertèbres, de chaque côté du cou. Elle est d'origine inflammatoire, elle-même secondaire à une infection (virale, bactérienne) survenue spontanément ou après une intervention chirurgicale de la zone située derrière le nez : le naso-pharynx. Elle peut également faire suite à une intervention sur l'espace rétropharyngien (c'est-à-dire située derrière le pharynx) ou dans une zone de voisinage de cet espace. L'infection primaire est quelquefois un simple rhume ou peut être plus sévère comme un abcès du cou. L'évolution de ce syndrome se fait en deux phases : d'abord une infection rhinopharyngée proprement dite, puis survenue d'un torticolis apparaissant de façon brusque et devenant par la suite permanent (fixé). Ce mécanisme de fixation est dû à la rétraction (raccourcissement) permanente et définitive des fibres musculaires et des ligaments. Ceci a des conséquences sur les tissus nerveux de voisinage (bulbe, moelle épinière) essentiellement par un mécanisme de compression. Les lésions osseuses, quant à elles, sont absentes en dehors de l'absence de congruence précédemment vue. En conclusion, le torticolis naso-pharyngien démontre l'intérêt d'un examen otorhinolaryngologique complet, recherchant une éventuelle infection rhinopharyngée entre autres. Normalement, le syndrome de Grisel cède avec le traitement anti-infectieux.
Le torticolis mental de Brissaud, appelé également tic du cou, s'observe chez certains individus présentant une perturbation psychologique de type névropathique. Ces patients redressent complètement la tête à la manière d'un tic. Cette variété de tic ferait partie d'une affection appelée la dystonie lordotique progressive ou spasme de torsion.
Les torticolis secondaires à des calcifications des disques intervertébraux (disques situés entre les vertèbres).
Le torticolis spasmodique est un spasme des muscles du cou secondaire à l'irritation continuelle du nerf spinal. Le nerf spinal (ou nerf accessoire) innerve les muscles sterno-cléido-mastoïdiens, dont dans une extrémité s'insère sur le sternum et l'autre extrémité sur la mastoïde (os situé derrière l'oreille). Le nerf spinal innerve également le muscle trapèze, muscle large et triangulaire situé dans le dos et tendu de l'occiput (os situé en arrière du crâne) à la 12e vertèbre thoracique. Il s'insère également sur la clavicule et l'omoplate (scapula). Le nerf spinal est issu de l'encéphale, partie du système nerveux central situé dans le crâne et comprenant le cerveau, le cervelet et le tronc cérébral (segment supérieur de la moelle épinière). Cet organe assure le contrôle de l’ensemble de l’organisme. Il y a douze paires de nerfs crâniens (un de chaque côté). Ils sont numérotés de I à XII .
La XIeme paire crânienne est le nerf spinal qui contrôle des mouvements des muscles du cou et de l’épaule). Les fibres nerveuses (filets nerveux) constituant les nerfs rachidiens proprement dits prennent naissance dans de petits îlots de substance grise disséminés dans la substance blanche de l’encéphale. Le torticolis spasmodique est dû à une irritation chronique de ce nerf spinal soit par perturbation des fibres constituant le nerf lui-même, soit par perturbation de ces petits îlots de substance grise.
Le torticolis néonatal comprend :
Le torticolis congénital, qui apparaît dans le cadre du syndrome du bébé moulé comprenant une plagiocéphalie. La plagiocéphalie est une malformation du crâne due à la fermeture d’un seul côté d’une suture coronale (suture située entre l’os frontal en avant et l’os pariétal au-dessus du crâne). La plagiocéphalie est une forme de craniosténose, fermeture prématurée par soudure anticipée d’une ou de plusieurs sutures de la voûte crânienne. La craniosténose est à l’origine d’un arrêt du développement et de déformations sous-jacentes de diverses parties du crâne. À cela s'associe une scoliose (déviation latérale de la colonne vertébrale) du nourrisson, un bassin asymétrique (bassin ne présentant pas la même morphologie d'un côté et de l'autre) de nature congénitale. Le torticolis congénital est quelquefois associé à un ensemble de malpositions comme une luxation congénitale de la hanche. L'examen clinique des torticolis congénitaux n'est pas facile car le cou du nouveau-né est bref. La palpation de la face latérale du cou doit découvrir un muscle tendu sous la forme d'une corde dans la région sterno-cléido-mastoïdienne. Le muscle sterno-cléido-mastoïdien est un muscle qui s'insère sur la mastoïde (os situé derrière l'oreille) d'une part et d'autre part sur le sternum (os situé avant du thorax). Ce muscle se dessine en quelque sorte en travers du cou sur le côté de celui-ci. Le bébé se présente avec la tête inclinée du côté du muscle rétracté. La palpation du cou (l'enfant étant assis) retrouve également une petite grosseur de la taille d'une olive (tuméfaction olivaire) dans l'épaisseur du muscle ainsi tendu. L'examen de l'enfant doit également s'effectuer en position couchée, la tête légèrement en arrière (extension) et tournée à droite ou à gauche. Cette position permet également de retrouver la tuméfaction olivaire. D'autre part, la tête est en rotation (tournée) du côté opposé à la contracture musculaire. Ceci signifie qu'un muscle rétracté du côté gauche est à l'origine d'une inclinaison gauche et d’une rotation à droite de la tête. Le torticolis congénital ne nécessite pas, du moins à la naissance, les examens complémentaires comprenant une radio du rachis cervical et une échographie qui ne feraient que montrer ce qu'un bon examinateur découvre de lui-même à la palpation. Par contre, un torticolis congénital persistant imposant une opération nécessite une I.R.M. de la moelle épinière. En effet, certains de ces torticolis sont secondaires à des anomalies système nerveux central.
L'évolution est favorable dans 80 % des cas, quand elle est aidée par des postures qui consistent par exemple à attirer le regard de l'enfant dans le sens opposé à la déformation, avec en plus un appareillage par coquille porté pendant la nuit dans les cas les plus graves. Enfin, chez les individus rebelles au traitement et tout particulièrement quand il existe une croissance du visage de l'enfant plus importante d'un côté que de l'autre (asymétrie de la face), le traitement devient chirurgical et consiste à allonger le muscle sterno-cléido-mastoïdien suivi de la pose d'une minerve qui va maintenir l'ensemble cou-tête pendant 2 à 3 mois.
Le torticolis malformatif fait suite à des malformations congénitales du rachis cervical (rachis correspondant au cou). Son diagnostic n'est pas aisé chez le nouveau-né. En effet, l'absence de corde musculaire comme pour le torticolis congénital nécessite de faire passer les radiographies du rachis cervical à l'enfant de façon à préciser le diagnostic. Dans ce cas, la malformation apparaît et sa nature précise peut être une malformation vertébrale (demi-vertèbre), un syndrome de Klippel-Feil (malformation du rachis cervical = partie de la colonne vertébrale correspondant au cou) qui se traduit par l'absence de cou, du moins apparemment. Il est nécessaire, dans ce cas, de procéder à l'examen très soigneux du rachis cervical et de l'omoplate.
Les spondylodiscites cervicales, qui sont des malformations d'une vertèbre et d’un disque du rachis cervical, d'origine infectieuse ou rhumatismale, se traduisent par des douleurs violentes du cou, une raideur très importante pouvant irradier jusque dans le rachis dorsal, voire lombaire. Les spondylodiscites cervicales se traduisent par des signes d'infection mis en évidence par des examens de laboratoire. Leur apparition est brutale et rapide, et les examens complémentaires (particulièrement les radiographies) sont normaux. Le diagnostic précoce peut être posé grâce à la scintigraphie osseuse qui confirme le diagnostic.
Le mal de Pott est actuellement en recrudescence. Il correspond à une tuberculose des disques intervertébraux, qui aboutit classiquement (quand il n'est pas traité) à une destruction de cet élément.
Les torticolis neurologiques sont dus à des tumeurs de la fosse postérieure (partie arrière du cerveau), des tumeurs de la moelle épinière de la région cervicale, à certaines malformations résidant plus haut dans le bulbe (zone située entre la moelle épinière et le cerveau). Cette variété de torticolis se caractérise par une raideur particulièrement prononcée du rachis cervical. Dans quelques cas, un syndrome méningé (symptômes survenant à la suite d'une irritation des méninges, d'origine infectieuse ou inflammatoire) peut être confondu avec un torticolis. L'I.R.M. de la moelle épinière, associé à une ponction lombaire ainsi qu'à un examen neurologique complet, permet dans la majorité des cas de poser le diagnostic.
Les torticolis dus à des tumeurs osseuses touchant les vertèbres cervicales sont secondaires à des tumeurs qui peuvent être bénignes ou malignes. Dans ce cas, la radiographie lue par un radiologue expérimenté (tant la tumeur est difficile à voir, du moins au début) permet avec la scintigraphie osseuse (qui est l'examen de choix) de confirmer l'existence de cette tumeur et de porter l'indication du traitement.
Traitement
Les torticolis «bénins» nécessitent généralement la mise au repos du rachis cervical, éventuellement associée à la prise d'antalgiques (médicaments antidouleurs), d’anti-inflammatoires, et de décontracturants musculaires.
Il est également possible d'envisager des séances de mésothérapie sans utilisation de cortisone, avec un décontracturant musculaire (sous forme injectable) associé à de la procaïne.
L'utilisation de la toxine botulique concerne toutes les dystonies musculaires (trouble du tonus provoquant la contraction incontrôlable et irrégulière d’un muscle donné) de la face (paralysies oculomotrices, torticolis spasmodique, blépharospasme) et à d'autres pathologies neurologiques dans lesquelles existe une activité musculaire anormale et localisée, comme l'hémispasme facial (contracture d’un seul côté du visage). En ce qui concerne les torticolis secondaires à des lésions malformatives, ils doivent être pris en charge par des équipes médicales spécialisées (orthopédie, neurologie, pédiatrie).