La peau et les phanères (poils, ongles, cheveux) sont les témoins les plus visibles du vieillissement. C’est ainsi que le changement de coloration des cheveux, qui deviennent progressivement gris puis blancs, et l’apparition de rides sont le reflet du temps qui passe inéluctablement.
Les problèmes dermatologiques, qui sont plus fréquents chez les personnes âgées que chez l’individu jeune, sont liés non seulement au fait que la peau soit restée longtemps exposée à une dose plus ou moins cumulative de rayons ultraviolets, mais également aux modifications des structures de la peau elle-même (tissu conjonctif, collagène, fibres élastiques, etc.).
Différentes études ont montré qu’environ la moitié des personnes de plus de 65 ans présentent une dermatose nécessitant des soins médicaux. Environ 1/3 de ces personnes présentaient plusieurs dermatoses.
Rappel anatomique
La peau est un ensemble de cellules regroupées sous forme d’un tissu résistant et souple, constitué de plusieurs couches, et recouvrant l’ensemble du corps. La peau est formée de deux parties distinctes : l’épiderme (epi = dessus) dont le principal rôle est la protection du corps, et le derme, seul à posséder des vaisseaux permettant aux nutriments (éléments nutritifs transportés par le sang) de diffuser vers l’épiderme.
Chez un adulte, la peau pèse entre 3,5 kilos et 4,5 kilos. Sa superficie totale peut aller jusqu’à deux mètres carrés. Elle est extrêmement vascularisée et possède également un grand nombre de glandes fabriquant la sueur (glandes sudoripares), des glandes sébacées (sécrétant le sébum = substance grasse qui protège la peau) et des récepteurs nerveux permettant les sensations tactiles et de la pression.
Cette couverture (tégument) très souple mais résistante permet de protéger l’organisme contre les agressions extérieures (infections, écarts de température, etc…).
L’épaisseur de la peau varie entre 1,5 et 4 mm suivant la région du corps considérée. L’épiderme qui recouvre la plante des pieds et la paume des mains est plus épais que celui du reste du corps.
Au-dessous du derme se situe l’hypoderme, appelé également fascia superficiel. Celui-ci est constitué de tissu adipeux (graisse) et de tissu conjonctif plus lâche que celui du derme. Le derme a pour rôle de s’adapter aux mouvements des structures situées au dessous de lui (muscles, tendons, aponévroses) mais également de protéger l’organisme des coups, grâce à sa constitution graisseuse. C’est à ce niveau que se situent les réserves de graisse de l’organisme, qui s’accumulent chez l’homme au niveau du ventre, et chez la femme au niveau des cuisses et des seins.
1) L’épiderme contient différentes variétés de cellules, notamment les kératinocytes (qui sont les plus nombreux), et les mélanocytes.
Le rôle des kératinocytes (mot issu de kera signifiant corne) est de fabriquer la kératine (protéine donnant aux cellules des propriétés protectrices). Toutes les cellules de l’épiderme sont reliées entre elles par des structures : les desmosomes. Au fur et à mesure que les kératinocytes progressent vers la surface de la peau (poussés par des cellules plus jeunes situées en dessous), ils fabriquent de la kératine molle qui est leur constituant essentiel. Arrivés en surface, et parfois même avant, les kératinocytes meurent en desquamant (chute de peau inutile). De cette façon, l’épiderme est constamment renouvelé tout les 25 à 40 jours.
Les mélanocytes fabriquent un pigment, la mélanine (melas = noir). Cette variété de cellules se situe plus profondément dans l’épiderme, mais reste néanmoins en contact avec les kératinocytes qui intègrent progressivement la mélanine fabriquée par les mélanocytes. Les pigments de mélanine ainsi absorbés protègent les noyaux des cellules contre les rayons ultraviolets du soleil.
D’autres variétés de cellules présentes dans l’épiderme servent essentiellement à la défense (système immunitaire) de l’organisme.
Enfin, une dernière variété de cellules, les épithélioïdocytes, semblent jouer un rôle dans le toucher. Elles sont situées à la jonction entre l’épiderme et le derme.
L’épiderme est lui-même constitué de plusieurs couches de la superficie à la profondeur:
2) modification du derme
La diminution de la vascularisation du derme explique la coloration pâle de la peau des personnes âgées. Ceci explique également la basse température de la surface cutanée et les perturbations de la thermorégulation (possibilité pour l’individu de réguler sa température) chez le vieillard.
La diminution de la vascularisation explique également l’amoindrissement des capacités de la clairance dermique (élimination des toxines étrangères) à l’origine d’une accentuation de certaines dermatoses (maladies de peau) comme les dermatites de contact entre autres.
La diminution de la quantité de collagène (1 % par an) explique la diminution de l’épaisseur de la peau à partir de l’âge de 20 ans. L’examen des fibres de collagène au microscope permet de visualiser une diminution de leur épaisseur, de leur solubilité et de la résistance à la destruction par la collagénase (enzyme). La perte de souplesse des liens unissant les cellules dermiques entre elles explique les différentes plaies et déchirures observables chez les personnes âgées. Il existe sans doute une réorganisation de l’architecture du derme pouvant expliquer ces différentes lésions.
Diminution de la quantité d’acide hyaluronique ainsi que celle de sulfate de dermatanne. L’acide hyaluronique est un polysaccharide (molécule constituée d'une association de sucres) abondant dans le tissu conjonctif (tissu de soutien et de remplissage de l'organisme) mais également dans de nombreux liquides biologiques qui lui doivent leur viscosité, comme le liquide synovial ou les liquides rencontrés dans différents compartiments de l'œil (corps vitré entre autres). Ces différents éléments font partie du liquide extracellulaire permettant habituellement sa viscosité et sa souplesse ainsi que l’élimination de certaines toxines présentes à ce niveau.
La diminution du nombre et de la qualité des fibres élastiques est également à l’origine de la perte d’élasticité du derme. Ceci explique l’apparition de poche sous les yeux et de rides cutanées ainsi que l’accentuation des lésions du derme lors de minimes traumatismes.
3) modification des phanères
La croissance unguéale (des ongles) diminue avec l’âge, et s’accompagne d’un amincissement de la plaque unguéale qui devient plus fragile et friable.
Les glandes sudoripares diminuent en nombre et leur sécrétion en qualité. Ce phénomène accentue encore plus la perturbation de la régulation thermique.
Le nombre de glandes sébacées n’est pas modifié mais leur volume augmente. La production de cire et de sébum diminue ce qui ne fait qu’accentuer la diminution de l’élasticité cutanée.
Les corpuscules de Pacini ainsi que ceux de Mesmer, qui sont des structures responsables de la sensation de pression et de toucher léger, diminuent en nombre. La baisse de ces éléments qui permettent habituellement de prévenir le patient d’éventuelles agressions cutanées, prédispose le vieillard aux blessures. Ce phénomène explique également pourquoi les personnes âgées sont moins habiles pour effectuer certaines manipulations fines.
La baisse du nombre de mélanocytes explique le grisonnement des poils et des cheveux. Néanmoins, l’hérédité joue un rôle important dans ce phénomène. En ce qui concerne les poils et les cheveux (calvitie), leur nombre diminue un peu plus chaque année.
Conséquences pathologiques
Fréquence plus élevée des tumeurs cutanées
Survenue plus importante de plaies par pression (escarres).
Biblio
Vieillissement et gériatrie les bases physiologiques Paola s. Timiras - Les presses de l’Université Laval éd. Maloine 1997.
Forbes, P.D ;Davies, R.E. et Urbach, F., Aging, environmental influences and photocarcinogenesis, j. Invest. Dermatol., 73, 13, 1979.