Coagulation intravasculaire disséminée (syndrome de)
Introduction
Découvert par Hardaway et Mac Kay en 1961, le syndrome de coagulation intravasculaire disséminée correspond à un ensemble de symptômes se caractérisant par des troubles de la coagulation sanguine due à la disparition du fibrinogène du sang circulant. Ceci a pour conséquence la survenue de caillot dans les petits vaisseaux sanguins (reins, cerveau, glandes surrénales) à l'origine de la chute des facteurs de coagulation (éléments intervenant dans la coagulation sanguine normale).
Physiopathologie
Cette pathologie peut survenir après (liste non exhaustive) :
- Une intervention chirurgicale plus spécifiquement du thorax.
- Un accouchement.
- L'action de certains médicaments (îlots de, dextran de poids moléculaire élevé).
- Une rétention de fœtus.
- Un décollement du placenta.
- Une embolie amniotique.
- Une hémorragie de la délivrance.
- Une molle hydatiforme.
- Un hématome rétroplacentaire.
- Une toxémie gravidique.
- Une infection aiguë (septicémie à germes Gram négatifs, méningocoque, pneumocoque).
- Un patient placé en réanimation (environ 10 % des patients).
- Un paludisme à plasmodium falciparum.
- Une morsure grave par un animal venimeux.
- Une transfusion de sang incompatible.
- La mise en place d'une circulation extracorporelle.
- Un lupus érythémateux.
- Une intervention chirurgicale dans le domaine cardio-vasculaire.
- Une intervention sur la prostate.
- Un choc septique.
- Une coagulopathie (maladie sanguine).
- Un cancer (essentiellement les leucémies aiguës à promyélocytes), les cancers du poumon, du pancréas et de la prostate (surtout si présence de métastases).
- Une septicémie.
- Une morsure de serpent.
- Une intoxication.
- Un traumatisme grave.
- Une brûlure importante (étendue).
- Une greffe d'organe.
- Une hémopathie (purpura fulminans entre autres).
- Une atteinte hépatique à type de cirrhose etc.
Le fibrinogène est une protéine contenue par le plasma sanguin, fabriquée par le foie et jouant un rôle important dans la coagulation sanguine. Le fibrinogène est également appelé facteur I de la coagulation, c'est un précurseur de la fibrine. Il fait partie d'une cascade constituant le mécanisme compliqué de la coagulation sanguine en général. La thrombine, autre élément entrant en jeu dans la coagulation sanguine, est une autre protéine du sang capable d'activer la fibrine. Quand la thrombine a activé le fibrinogène, celui-ci se transforme en fibrine. Cette fibrine va ensuite se polymériser, c'est-à-dire effectuer l'accolement de nombreux monomères (morceaux) et devenir insoluble car ayant acquis une stabilisation grâce à l'intervention d'un autre facteur, le facteur XIII. À partir de là, un ensemble de protéines est réuni, constituant une espèce de bouchon dont le but est d'arrêter le saignement : c'est l'obturation de la plaie.
Causes
Le syndrome de coagulation intravasculaire disséminée est le résultat de l'apparition brutale de facteurs d'activation de la thrombine entraînant des dépôts de fibrine dans les micro-vaisseaux à l'origine de leur oblitération par des thromboses. Ceux-ci persistent plus ou moins longtemps. À la suite de ce mécanisme, le sang devient incoagulable car il a consommé le fibrinogène et d'autres facteurs de coagulation (facteur facteurs V et VIII) et les plaquettes. Ce phénomène est à l'origine d'hémorragies.
Les troubles de la coagulation, qui sont constatés, sont le résultat (phase réactionnelle) d'une héparinémie (présence d'héparine, anticoagulant, dans le sang) fabriquée par l'organisme lui-même (origine endogène) accompagnée par une fibrinolyse (destruction de la fibrine).
Les troubles de la coagulation sont le plus souvent dus à la pénétration dans le sang de substances telles que les endotoxines (au cours des infections), certains lipides qui proviennent de la destruction des globules rouges ou de la destruction des tissus en général.
Symptômes
Hémorragies aggravées par la fibrinolyse secondaire. Ces hémorragies sont quelquefois très intenses (accouchement, intervention chirurgicale) entraînant quelquefois un état de choc (impossibilité pour les principaux organes d'assurer leur fonction normale) à l'origine d'une insuffisance de filtration rénale, insuffisance rénale aiguë s'accompagnant de microthromboses (minuscules caillots) survenant à l'intérieur des capillaires (minuscules artères) des glomérules entraînant une destruction tout ou partie du cortex rénal (partie périphérique de cet organe).
Au cours du syndrome de Waterhouse-Friderichsen, le patient présente des micros thromboses dans les glandes surrénales et plus spécifiquement au niveau des sinus de ces organes.
Labo
Les analyses de sang permettent de mettre en évidence :
- Un déficit en facteurs de coagulation touchant le fibrinogène, le facteur II, V et VIII.
- Une thrombocytopénie (diminution du nombre de plaquettes dans le sang) aux environs de 10000 plaquettes par microlitre.
- L' hémogramme (quantité de globules blancs et de globules rouges) montre la présence d'hématies fragmentées appelées schizocytes.
Les produits de dégradation de la fibrine et du fibrinogène (PDF) sont augmentés. C'est le résultat de la digestion du fibrinogène ou de la fibrine par la plasmine et de l'action d'autres enzymes également.
Le taux de fibrinogène dans le sang (fibrinogénémie) est plus ou moins diminué en dessous de 2 g par litre. Quelquefois il apparaît comme normale.
Un taux élevé de D dimères. Il s' agit de produits de dégradation spécifique de la fibrine. Sa recherche est demandée à chaque fois que l'on soupçonne la constitution d'une thrombose. Le dosage par la méthode ELISA qui montre un seuil de positivité > à 0,50 microgrammes par millilitre ou 500 microgrammes par litre, est un test sensible dans environ 90 % des cas.
La formation du caillot est insuffisante c'est-à-dire qu'elle est beaucoup plus petite que la normale et quelquefois même invisible.
Les complexes solubles qui sont constitués par des monomères de fibrine sont également mis en évidence. Ceux-ci grâce à l'utilisation d'un test immunologique au latex. Le test de floculation au sulfate de protamine est également utilisé.
Le temps de lyse des globulines et diminué. Il traduit la fibrinolyse secondaire.
Evolution
La gravité de cette affection est en relation directe avec l'importance des hémorragies et l'intensité des thromboses (survenue de caillot sanguin) à l'origine d'ischémie (diminution de la vascularisation de certains organes) plus particulièrement des reins.
Diagnostic differentiel
Diagnostic différentiel (il ne faut pas confondre cette pathologie avec) :
- Un allongement du temps de prothrombine quand il existe un déficit en vitamines K. Le fait de donner une dose (appelée dose test) au patient permet de confirmer le diagnostic.
- La fibrinolyse primitive pure. Dans ce cas ce sont les examens de laboratoires qui sont légèrement différents : la thrombopénie est modérée et le test de floculation au sulfate de protamine est négatif.
- Les troubles de la formation du caillot in vitro après administration d'héparine survenant au cours de l'hémophilie et dans le syndrome des anticoagulants circulants.
Traitement
Traitement de la cause.
Utilisation de l'héparine, des inhibiteurs de la fibrinolysine (inhibiteur de Kunitz). L'héparine, par voie intraveineuse, est utilisée à raison de 100 unités par kilo toutes les quatre à six heures. Celle-ci nécessite des contrôles cliniques et biologiques réguliers de façon à éviter d'aggraver l'hémorragie. L' héparine ne peut être utilisée que si la maladie en cause est incontrôlable rapidement et surtout si le patient ne présente pas d'hémorragie cérébrale.
La transfusion de sang total ou de plasma se fait quand il existe un état de choc. Ceci permet de compenser les hémorragies, fournissant du même coup au patient un apport de facteurs de coagulation qui lui font défaut. La transfusion de plaquettes est utilisée quand il existe une thrombopénie grave.
Certaines équipes médicales utilisent l'administration de fibrinogène (polémique thérapeutique). En effet, il semble exister une possibilité d'alimenter la coagulation intravasculaire.
L'administration d'antithrombine III a également été proposé chez les personnes présentant des hémorragies très intenses.
Très rarement, en présence d'une fibrinolyse primitive pure, le traitement consiste à administrer du sang frais associé à du fibrinogène et à des antifibrinolytiques bloquant l'activation des fibrinolysines, rétablissant l'hémostase.